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Le Magicien d’Oz – There’s no place like home

2 Sep

Aujourd’hui, on s’intéresse au film le plus vu au monde, soit l’équivalent de La Bible pour les livres – si vous jouez au Trivial Poursuit vous savez de quoi je parle. Le Magicien d’Oz (The Wizard of Oz – 1939) de Victor Fleming, l’illustre réalisateur d’Autant en Emporte le Vent, adapté du roman de L. Frank Baum. Je suis si enthousiaste de parler de ce film que je danserai bien sur une route de briques jaunes en chantant, mais je pense que Dorothy et ses potes expriment l’essentiel ici :

Dorothy Gale s’ennuie dans la petite ferme du Kansas où elle vit avec son oncle et sa tante. Une horrible voisine riche et acariâtre veut lui enlever son chien, Toto. Elle ne peut rien faire contre et est désespérée. Lorsqu’un ouragan dévastateur passe sur la ferme, Dorothy est assommée et rêve qu’elle se retrouve à Oz, un pays peuplé de petits hommes où règnent des fées, mais surtout un grand magicien qui peut exaucer tous les souhaits. En chemin, pour le retrouver afin de rentrer chez elle, elle croise la route d’un épouvantail (qui n’a pas de cervelle), d’un homme de fer (qui n’a pas de cœur) et d’un lion (qui n’a pas de courage). Ils lutteront ensemble pour trouver ce fameux magicien, afin qu’il leur donne ce qui leur manque à tous.

Si l’histoire est globalement la même du livre au film, on ne retrouve presque rien de similaire du point de vue des détails, le changement le plus criant étant la couleur des fameuses chaussures de l’héroïne. Dans le roman, les souliers sont argentés. Dans le film, ils sont rouges (rubis, même). Pourquoi ? Parce que Le Magicien d’Oz est un des premiers films en Technicolor. Du milieu à la fin des années 30, la couleur à l’écran était une révolution et un véritable argument marketing (comme pour le son, le numérique et la 3D), les gens allaient au cinéma pour voir de la couleur à foison et constater le progrès. Les souliers de Dorothy, qui sont presque un personnage à part entière, ne pouvaient PAS être bêtement argentés.

Le Magicien d’Oz, c’est aussi Somewhere over the rainbow (Oscar de la meilleure chanson), chanté par Dorothy alors qu’elle est dans sa ferme perdue dans le Kansas, avec une image filmée en sépia. Dans son esprit d’enfant, elle ne connait qu’une seule chose de colorée : l’arc-en-ciel, et elle s’imagine un pays plein de couleurs, derrière l’arc-en-ciel, où les rêves se réalisent.

Puis, une tornade éclate (une des plus grosses craintes des États-Unis, le Kansas en étant le centre) et passe sur la ferme de Dorothy, qui n’a que le temps de se réfugier dans sa chambre. S’ensuivent des effets spéciaux incroyables qui montrent la ferme s’envoler (une reproduction miniature de la ferme était filmée au ralenti en train de tomber) et atterrir… derrière l’arc-en-ciel. 

Au tout début de la scène, l’image n’était pas filmée en sépia mais… en couleur! L’intérieur de la ferme avait été peint en marron, et une doublure de Dorothy (si l’on regarde de près, on remarque très bien que ce n’est pas Judy Garland) vêtue d’une robe couleur « sépia » ouvre la porte de dos. Puis, la vraie Dorothy fait son entrée avec sa robe bleue.

Le passage du sépia à la couleur est une excellente utilisation de la nouveauté pour rendre le changement d’univers flagrant. L’émerveillement du spectateur (qui a payé sa place pour voir de la couleur) est encore plus grand. Après avoir été coincé dans des teintes sépia durant les 20 premières minutes, une porte s’ouvrant sur les couleurs de l’arc-en-ciel nous contente et nous fait réellement changer d’univers en même temps que Dorothy.
Pour marquer encore plus le temps de l’émerveillement, il n’y a aucune musique avant l’ouverture de la porte, puis elle redémarre avec l’apparition des couleurs. Le parlé/chanté marque également la différenciation des deux mondes. Avant d’arriver à Oz, il n’y a eu qu’une seule chanson (Somewhere over the rainbow), très mélancolique. Après son arrivée, les scènes chantées et dansées s’enchaînent à grande vitesse, avec des rythmes beaucoup plus joyeux.

L’autre passage important du film avec l’arrivée à Oz, c’est le départ d’Oz. Une fois sa mission terminée, Dorothy apprend qu’elle avait le pouvoir de rentrer chez elle dès le début, grâce à ses souliers et à une formule magique : « There’s no place like home ».

La traduction littérale de cette formule magique donnerait « Il n’y a pas d’endroit comme chez soi », étrangement la VF traduit comme ceci : « Je veux retrouver ceux que j’aime ». La version originale ferait référence à la situation des États-Unis qui, ne sachant pas comment se positionner par rapport à la guerre qui avait lieu en Europe, préféraient « rester chez eux » et fermer les portes.
En revanche, l’histoire de cette fillette qui s’ennuie dans sa ferme loin de tout et cherche à s’évader pour s’accomplir est caractéristique du rêve américain. Le pays d’Oz peut être perçu comme un El Dorado, nécessaire au parcours initiatique des héros. On peut voir la Cité d’Émeraude (où règne le magicien) comme un New York fantastique avec ses hautes tours qui scintillent. Finalement, Oz est une terre d’accueil où l’on aide les vagabonds et laissés pour compte (Dorothy qui est loin de chez elle et n’a pas de parents, et ses 3 amis à qui il manque des qualités vitales). Mais la moralité de ce film sur l’exil (fantastique, musical et coloré, ça passe mieux) est que le seul foyer dans lequel on se trouve bien, c’est celui que l’on se fabrique soi-même, avec ses amis, la famille n’ayant presque aucun rôle ici.

Une citation : « Toto, I’ve got a feeling we’re not in Kansas anymore. » Dorothy Gale

A savoir : Cette réplique est classée 4e plus grande réplique du cinéma américain. | A l’origine, la Méchante Sorcière de l’Ouest devait être sublime et sexy, mais le réalisateur s’est raisonné : ce n’était pas possible, les méchants sont vieux et moches.| Judy Garland avait 17 ans, elle a du perdre plusieurs kilos et se faire comprimer la poitrine pour ce rôle, Dorothy étant censée être une petite fille.

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Le ballet des Chaussons Rouges

31 Août

Mille ouvrages théoriques sur le cinéma vous le démontreront par A+B : le septième art est le plus total des arts puisqu’il peut en lui seul réunir et contenir les six autres. Cela ne rend pas les autres arts moins importants, et ce n’est pas parce que l’on va au cinéma qu’il faut arrêter de lire ou d’aller au musée, mais certains films sont de véritables prouesses artistiques, et pour nourrir cette prise de conscience sur « le cinéma comme art total », un film déclasse tous les autres.

Les Chaussons Rouges (The Red Shoes – 1948) est un film de Michael Powell et Emeric Pressburger, un duo de cinéastes indépendants, auteurs de bon nombre de classiques du cinéma britannique.

Le film est ultra célèbre pour sa ballerine rousse et ses chaussons de danse rouge vif, à ne surtout pas confondre avec l’autre paire de chaussures rouges la plus connue du cinéma : celles de Dorothy du Magicien d’Oz (1939 – on y reviendra). Elles ont pourtant chacune un pouvoir sur celle qui les portent.

Côté symbolique, la couleur rouge a autant de significations positives que négatives, à savoir : la passion, la sexualité et le triomphe d’un côté, et le sang, l’enfer et le danger de l’autre. Ce qui traduit complètement l’ambivalence du personnage principal et son histoire. Venons-en.

Scène Culte #21 : Le ballet des Chaussons Rouges The Red Shoes 1948 0011

Les Chaussons Rouges raconte l’ascension simultanée d’une ballerine, Victoria Page (Moira Shearer) et d’un compositeur, Julian Craster (Marius Goring). Ces deux personnages forment un trio amoureux avec celui qui les unit : le directeur de la troupe de ballet, Boris Lermontov (Anton Walbrook). Julian écrit un ballet pour Victoria à la demande de Lermontov, Les Souliers Rouges, inspiré du conte d’Andersen.
C’est un triomphe, Victoria devient une ballerine célèbre dans toute l’Europe, mais l’histoire d’amour naissante entre Victoria et Julian provoque la colère et la jalousie de Lermontov. Il renvoie le compositeur et Victoria démissionne, renonçant ainsi à sa passion pour la danse et l’art au profit de son amour. Mais l’héroïne qu’elle incarne dans Les Chaussons Rouges prend le dessus sur Victoria, les chaussons ne s’enlèvent plus et n’arrêtent pas leur course folle.

La scène culte de ce film, c’est la scène du ballet des Chaussons Rouges, la clé de voûte de l’histoire. Ce ballet incroyable qui dure 17 minutes nécessita une vingtaine de décors somptueux, 53 danseurs et 4 semaines de tournage. Victoria danse alors le conte d’Andersen « Les Souliers Rouges », l’histoire d’une jeune femme qui tombe amoureuse d’une paire de souliers. Elle les enfile et se met à danser, heureuse et légère, jusqu’au bout de la nuit. Au petit matin, exténuée, elle tente de s’arrêter, mais les souliers ne sont pas fatigués et continuent de danser, interminablement.

Avant de la regarder et pour bien en profiter, il faut voir en quoi cette scène réunit tous les arts à elle seule? Littérature et poésie : il s’agit d’une adaptation du conte « Les Souliers Rouges » du célèbre conteur danois Hans Christian Andersen, à qui l’on doit notamment « La Petite Sirène », « Le Vilain Petit Canard », « La Petite Fille aux Allumettes », etc. Danse et pantomime : il s’agit de l’histoire d’une ballerine, il y a donc de longues scènes dansées qui allient un jeu théâtral digne d’acteurs muets. Musique : l’un des personnages principaux s’est fait voler ses compositions musicales pour le ballet, la musique originale – composée spécialement pour le film, a reçu l’Oscar et le Golden Globe de la meilleure musique. Peinture, Dessin et Architecture : sont présents dans la vingtaine de décors de théâtre « sur scène » dans lesquels Victoria danse et saute de l’un à l’autre. Ces décors sublimes ont été construits à partir de véritables peintures réalisées par Hein Heckroth, qui obtint pour ce film l’Oscar du meilleur directeur artistique (décors, costumes et accessoires). Voici quelques unes des peintures en question, que vous reconnaitrez sûrement en regardant l’extrait :

Scène Culte #21 : Le ballet des Chaussons Rouges montage red shoes 1

Scène Culte #21 : Le ballet des Chaussons Rouges 001

Voici donc le monstre :

 

En parallèle de la mise en scène décrite plus haut, Victoria fait également une traversée de l’art en dansant de tableaux en tableaux : elle passe par un cirque, un bal, un musée (dans lequel les œuvres tombent par terre), un cimetière (avec colonnades et statues) et danse avec du papier imprimé.

Le plus important étant les techniques propres au cinéma utilisées dans la scène : superpositions de plans, glissements hallucinogènes (quand elle se regarde dans la vitrine), fondus enchaînés, apparitions dues au montage (les chaussons qui disparaissent de la vitrine et apparaissent à ses pieds). Ces techniques sont là pour nous rappeler, au cas où on l’aurait oublié, que l’on regarde Les Chaussons Rouges le film, pas le ballet. Les spectateurs dans le théâtre où joue Victoria ne peuvent pas voir cela, nous si. Avec un film, on peut faire encore plus de choses et on ne s’embarrasse pas de la réalité, de ce qui est possible ou pas.

Ce film est une réflexion sur l’art, la vie et la douleur obligatoire qui les relie. La douleur des choix que l’on fait pour vivre et les sacrifices pour l’art, du corps et de l’esprit. Danser sur la pointe des pieds pour toujours serait aussi douloureux que de taper sur les touches d’un piano toute sa vie, de gratter les cordes d’une guitare à l’infini, ou de ne jamais s’arrêter d’écrire. Si l’on fait le choix de « faire de l’art », on s’y consacre corps et âme, ou pas du tout. Mais si l’on ne peut pas vivre sans danser, sans peindre ou sans écrire, que reste-t-il comme choix sinon mourir ? L’art mérite-t-il que l’on meurt pour lui?

Ces dilemmes impossibles sont classiques des films de Powell et Pressburger, dont les personnages sont toujours tiraillés entre l’ambition et l’amour et la vie et la mort. Michael Powell justifia l’immense succès des Chaussons Rouges par ceci : « Pendant dix ans on nous avait dit à tous d’aller mourir pour la liberté et la démocratie, et maintenant que la guerre était finie, Les Chaussons Rouges nous disait d’aller mourir pour l’art. »

Enfin, ce film rend l’art accessible à tous. En payant un simple ticket de cinéma, on peut voir un vrai ballet sans passer par la case opéra / robe longue / costume trois pièces. Une révolution.

UNE citation : “- Why do you want to dance? – Why do you want to live?”  Boris Lermontov & Victoria Page

A savoir : Une version remastérisée du film par Martin Scorsese est sortie, en Blu-Ray et au cinéma, en 2010. Cette version a fait l’ouverture du festival de Cannes en 2009, quand Scorsese en était le président.

Edward aux Mains d’Argent – Tim Burton

31 Août

J’ai l’impression que les films de Tim Burton sont à l’adolescence ce que les Disney sont à l’enfance : un passage obligé, et parfois un amour durable. Dès que je croise un ado, il a écrit The Nightmare Before Christmas (ou autre, mais c’est souvent celui-là) au blanco sur son sac.

Si son esthétique est reconnaissable entre mille, les préférences des fans peuvent diverger de beaucoup, entre ceux qui aiment moins les comédies musicales (Sweeney Todd, Les Noces Funèbres, Charlie et la Chocolaterie), ceux qui trouvent Mars Attacks! trop kitsch, Sleepy Hollow trop sanglant, Big Fish pas assez noir… J’ai décidé de parler d’Edward aux mains d’argent aujourd’hui, parce que 1) c’est le film burtonien par excellence, 2) tout le monde aime ce film. Non?

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Une grand-mère raconte à sa petite fille une histoire pour l’endormir. Un jeune homme, Edward (Johnny Depp), créé par un brillant inventeur, vit seul dans un sombre château. Un soir de Noël, le vieil homme meurt subitement, alors qu’il allait achever son œuvre en offrant deux belles mains à Edward. La pauvre créature est donc condamnée à vivre avec des lames tranchantes à la place des doigts. Un jour, Peg Boggs (Dianne Wiest), une curieuse représentante en cosmétiques, s’aventure dans le château et prend pitié pour la pauvre créature, qu’elle ramène chez elle, dans une typique banlieue américaine. Il tombe amoureux de Kim (Winona Ryder), la fille de Peg, seule personne encore extérieure à la communauté des adultes, qui pourra l’aimer et le comprendre.

Un enfant qui ne veut pas dormir (donc, rêver) pose une question rationnelle à un adulte pour satisfaire sa soif de savoir. « D’où ça vient la neige? » L’adulte connait la vérité, mais va répondre d’une drôle de façon : par un conte. Évidemment, l’enfant n’aura pas la réponse à sa question, mais il aura trouvé le sommeil et pourra rêver tranquillement. Parce qu’il n’y a qu’à cet âge-là qu’on peut le faire. Ici, l’atmosphère est classiquement propice à la lecture du conte : une grand-mère pour narrateur, une petite fille dans son lit, des couleurs chaudes et un feu de cheminée à l’intérieur de la maison, et une nuit enneigée (couleurs froides) à l’extérieur. Burton, en commençant ainsi son film, met le spectateur en condition d’écoute du conte.

Le premier élément du film que l’on voit est le manoir dans lequel vit Edward.
Le décor est planté. Chez Burton, la demeure du héros présente les mêmes caractéristiques : elle est souvent sur une colline (entre ciel et terre), toujours isolée, sombre et aux perspectives farfelues (lignes brisées ou déformées). C’est le cas, par exemple, de celle de Jack Skelligton dans L’Étrange Noël de Mr Jack, celle de Charlie dans Charlie et la Chocolaterie, de Batman, de Beetlejuice et bien sûr d’Edward. Le château d’Edward lui ressemble en tous points : il est sombre, abandonné, inachevé, gris, mais renferme un magnifique jardin aux sculptures incroyables. Au centre de celles-ci, un arbre immense est taillé en forme de main.
Ce type de demeure s’oppose à celles des « autres », toutes identiques, alignées, carrées et colorées. On trouve souvent dans les films de Burton la confrontation classique entre rêves et réalité, mais surtout celle entre conformisme et marginalité. Les êtres « différents » vivent dans une isolation totale, quand les autres vivent en communauté et mènent tous la même existence étriquée.

Le personnage d’Edward, que l’on aperçoit mystérieusement, tourné vers la fenêtre, est presque un mort-vivant. Inspiré de Frankenstein (référence importante de Tim Burton, on la retrouve dans son court-métrage Frankenweenie – qu’il adapte en long en ce moment!), il est présenté comme l’œuvre d’un inventeur, une machine. Il ne saigne pas, mais la tristesse infinie qui se lit dans son regard fait de lui quelqu’un de très humain et nous fait oublier qu’il n’en n’est pas un. La grand-mère le dit : il n’est « pas fini », et c’est l’origine de sa souffrance. Un être incomplet, comme le cavalier sans tête de Sleepy Hollow, décidément. Il est semblable au personnage typique burtonien : solitaire, marginal, pâle, timide et distant.

Vous l’aurez compris, cette scène est la réponse à la question de la petite fille du début.

Il y a un aspect onirique très fort dans cette scène, peut-être plus que dans toutes les autres. Tout d’abord la musique de Danny Elfman (Ice Dance, pour le nom du morceau) : la musique cristalline et les chœurs doux et enchanteurs ajoutés au travelling circulaire dont Kim est le centre la transforment en ballerine d’une boîte à musique. L’arbre taillé en forme de dinosaure et le bloc de glace qu’il taille en forme d’ange – deux créatures « fantastiques » façonnées à partir d’une matière réelle, ajoutent du merveilleux à la scène. Enfin, les flocons de neige sur le ciel noir qui contrastent ensemble et ne sont ni plus ni moins que les éléments physiques qui jouxtent le ciel et la terre.

L’autre élément important de cette scène? Bien sûr : la main. Les mains de chair que Kim agite dans l’air, pour toucher les flocons qu’Edward fait pleuvoir, grâce à ses « mains » à lui. Les gros plans des mains de Kim qui dansent sous les flocons, grâce à l’esthétique du rêve qui les entourent, représentent le rêve d’Edward : avoir des mains, pouvoir toucher, être comme les autres. Elles rappellent l’arbre sculpté en forme de main qui trônait au milieu de son jardin. Ne pas pouvoir toucher sans blesser (ce n’est pas pour rien qu’à la fin de l’extrait il blesse Kim à la main, maladroitement), être incapable de fonctionner comme tout le monde et être rejeté pour cela. Pas besoin d’avoir des ciseaux à la place des mains pour se reconnaître dans ce personnage.

UNE réplique : « – Hold me. – I can’t. » – Kim & Edward

A savoir : Winona Ryder et Johnny Depp étaient en couple lors du tournage de ce film. | Adolescent, Tim Burton avait déjà dessiné Edward, dont la crinière ébouriffée est inspirée de la sienne. | Le nom d’Edward est inspiré d’Ed Wood, réalisateur du fameux film Plan 9 From Outer Space, que Tim Burton adore et à qui il a consacré son film, Ed Wood (1994). | L’inventeur est incarné par Vincent Price, autre idole de Burton, à qui il a consacré un court-métrage, Vincent.

La lune et Pierrot le Fou

31 Août

Il y a plusieurs façons de regarder un film. On peut regarder un film pour son histoire, pour se divertir, un peu comme on regarde parfois la télé. C’est d’ailleurs le cas pour une majorité de spectateurs, et on commence tous par là avant d’être « sensibilisé » au cinéma. Un jour, peut-être, un déclic se produit et tu prends conscience que, comme dans un tableau, il y a des lignes, des angles, des couleurs, des sons qui accompagnent des mots et des idées… Bref.

Un jour, mon frère est venu me voir, il m’a mis un DVD entre les mains en me disant « Regarde ça ». J’ai regardé Pierrot le Fou (Jean-Luc Godard, 1965), deux fois de suite. Et la semaine qui suivait, je l’ai regardé tous les jours. Et j’ai voulu changer d’études, je voyais 3 ou 4 films par jour. J’ai compris ce qu’était le cinéma en voyant Pierrot le Fou, et il restera à jamais dans le Panthéon de mes films préférés parce que c’est lui qui m’a donné envie de voir tous les autres. Mais, hormis ma petite histoire personnelle, c’est un film complètement culte qu’il faut avoir vu avant de mourir et que même ceux qui n’aiment pas Godard adorent. C’est parti.

Scène culte #17 : La lune et Pierrot le Fou Godard Pierrot le fou col 1 1024x434

Ferdinand Griffon est marié, a un métier et des enfants. Lors d’une soirée mondaine, il se rend compte de la superficialité du monde dans lequel il vit. De retour chez lui, il décide de tout plaquer et part à l’aventure avec un ancien flirt, Marianne, la jeune fille qui gardait ses enfants. Leur road-trip vers le Sud de la France sera peuplé de trafic d’armes, rencontres incongrues, petits méfaits, déchirements amoureux, réflexions et instants de grâce. Ferdinand parle « avec des mots », Marianne lui répond « avec des sentiments ». L’un rêve de littérature et de peinture, d’oisiveté et de Florence. L’autre rêve de Las Vegas, de polars, d’argent, d’action et de musique. Comment vivre ensemble? C’est leur problème et celui du monde.

Pierrot le Fou est considéré comme étant le film clôturant la période de la Nouvelle Vague, ses petits budgets, décors naturels et acteurs inconnus. Godard aimait dire que son film était improvisé, vous avez peut-être entendu parler de la scène cultissime du « Qu’est-ce que j’peux faire ? J’sais pas quoi faire » clamé par la belle Anna Karina (sinon, la voilà) :

Selon la « légende » perpétuée par Godard, aucun texte n’était prévu et Anna Karina devait trouver elle-même quoi dire, elle avait carte blanche. Elle lui aurait dit « Qu’est-ce que j’peux faire? J’sais pas quoi faire » et il aurait répondu : « Ben voilà, tu dis ça ». Mais Anna Karina n’a jamais osé démentir ou affirmer la véracité de cette anecdote, qui a rendu cette scène cultissime. Le décor est on ne peut plus naturel, et Marianne marche sous le soleil : plus question d’être immobile dans un studio, sculptée par la lumière d’un projecteur. C’est la vie.

Ferdinand et Marianne roulent dans une Ford volée dans une station Total (dans le film, il est beaucoup question de marques et de publicité, pour dénigrer la société de consommation – il a d’ailleurs été interdit aux -18 ans à sa sortie, pour anarchisme). Il décide de ne pas rouler droit sur la route, parce qu’il peut faire ce qu’il veut et se sent libre, tellement libre qu’il finit par quitter la route et entrer dans la mer. Ils se sauvent, laissant la voiture dans l’eau (fuite d’une vie convenue, de consommation et de matériel), et longent la plage à pied. Voilà où l’on en est :

 

En procédant par ordre :

1) Les répliques « – Qu’est-ce qu’on fera? – Rien, on existera. – Olala, ça va pas être marrant. – C’est la vie. » réfèrent aux films de la Nouvelle Vague : sans réelle intrigue avec pour seuls sujets des réflexions sur la vie, l’amour, la mort, l’existence. Un genre de pied de nez à ceux qui auraient dénigré ce type de cinéma, le jugeant ennuyeux ou « pas marrant ». Oui, mais « c’est la vie ». La vie peut être ennuyeuse, c’est pour cela que vous voulez voir des films d’aventure. Et que nous montre le néon avant ces répliques? « RI-VIE-RA » = « VIE » entre « RIRA ». Le film est plein de signes comme celui-là.

2) Le seul habitant de la lune : ce qu’il faut savoir, c’est que Marianne n’appelle Ferdinand que « Pierrot » (parce qu’on ne peut pas dire « mon ami Ferdinand » sur l’air de Mon ami Pierrot), ce à quoi il répond toujours : « Je m’appelle Ferdinand! » (11 fois en tout pendant le film). C’est un personnage double, un genre de Jeckyll et Hyde. Ferdinand, l’homme en chair, terre à terre, et Pierrot, le rêveur bohème, amoureux de l’art. Dans cette scène, la référence au Pierrot lunaire de la Comedia dell’Arte est évident. C’est le seul moment du film où il ne lancera pas un « Je m’appelle Ferdinand! ». D’ailleurs, à la fin du film, Ferdinand se peint le visage en bleu comme le clown se peint le visage en blanc. Cet habitant de la lune est coincé entre le communisme (le russe et ses œuvres de Lénine) et le capitalisme (l’américain et sa bouteille de Coca). L’habitant de la lune, celui qui rêve, veut s’en aller à tout prix. Mais comment quitter la lune (comme la Terre) dont il est prisonnier? C’est tout le propos du film, pendant lequel les amoureux essayent de fuir une société de consommation, mais ne peuvent finalement pas s’en passer.

3) « – Je trouve que tes jambes et ta poitrine sont émouvantes. – Baise-moi. » (oui, vous avez bien lu). Ces deux répliques témoignent de la personnalité des deux personnages et sont deux façons opposées pour dire, finalement, la même chose. Ferdinand n’aspire qu’à la contemplation et à l’évocation, quand Marianne n’aspire qu’à l’action, qu’elle soit violente ou pornographique. Mais, comme il l’évoque avec cette sublime comparaison aux épinards (ma réplique préférée de tous les films de l’univers de tous les temps), qui peut se traduire par « je ne peux pas supporter la vie sans toi, alors heureusement que je t’aime », il y a toujours une attirance et un besoin pour ce que l’on rejette a priori. C’est le souci des rêveurs (Pierrot, Godard) et du monde.

UNE réplique : « Heureusement que j’aime pas les épinards, sans ça j’en mangerais, or je peux pas les supporter. Ben avec toi c’est pareil, sauf que c’est le contraire. » – Ferdinand

A savoir : Dans le film, les derniers mots de Ferdinand sont : « Après tout, je suis idiot » et rappellent les toutes premières paroles de Michel (incarné aussi par Belmondo) dans A bout de souffle de Godard (1960) : « Après tout, je suis con » . | Le film n’a rien à voir avec « Pierrot le fou », ennemi public n°1 en France dans les années 40 (meurtrier, voleur, proxénète, etc). Au cas où.

Tout sur ma mère – Pedro Almodóvar

31 Août

Tout sur ma Mère, Pedro Almodóvar (1999). Ou comment j’ai découvert les notions de drogues, putes, travestis et sida. Clap clap. J’avais dix ans, je ne voulais pas dormir et suis allée « tenir compagnie » à ma mère dans sa chambre (alors qu’elle voulait juste être tranquille, je suppose). Grande fan de la culture hispanique et de son réalisateur le plus connu depuis Buñuel, Pedro Almodóvar, elle regardait Todo sobre mi Madre qui passait à la télé. Et je suis restée scotchée, assise sur le bord de son lit, en pyjama. Même si je ne comprenais presque rien. En le revoyant plus tard, on se dit « Ah ouais, ben… Ouais ».

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Pour toutes celles qui n’ont pas pris LV2 Espagnol (on vous l’aura forcément montré en cours) / ne sont pas des fans d’Almodóvar / des filles cachées de ma mère : un récap’. [PS : attachez vos ceintures de chasteté, parce que résumer un Almodóvar, c’est corsé.]

Manuela (Cecilia Roth, la blonde sous la pluie, là) a un métier de rêve : quand quelqu’un meurt dans son hôpital de Madrid, elle gère les dons d’organes (l’annonce aux proches, aux futurs transplantés et autres réjouissances). Elle a aussi un fils, Esteban. Elle ne vit que pour lui, il ne vit que pour elle. Il écrit le scénario d’un film, Tout sur ma mère, qui parle de sa mère et de sa vie, de son métier. Avant, elle était actrice et c’est dans la pièce de Tennessee Williams, Un Tramway Nommé Désir, qu’elle a rencontré le père d’Esteban (qu’il ne connaît pas). Pour ses 18 ans, elle emmène son fils voir une représentation de cette pièce. Il a tellement aimé qu’il oblige sa mère à attendre la sortie des acteurs, sous la pluie, pour avoir un autographe de Huma Rojo (Marisa Paredes), la star de la pièce. Il court après leur taxi avec son carnet, une voiture le percute et il meurt sur le coup. (Désolée pour le spoil.)
Ensuite, Manuela fuira Madrid pour rentrer à Barcelone afin de chercher le père d’Esteban. Sauf qu’il s’appelle Lola, qu’il a le sida et que c’est un travesti qui se prostitue. Elle retrouvera Agrado, une vieille amie travestie elle aussi, refaite de partout mais 100% naturelle, mais également Rosa (Penelope Cruz), une bonne sœur qui s’est AUSSI faite engrosser par Lola et a, par conséquent, chopé le sida. Manuela prendra Rosa sous son aile, car elle se reconnaîtra en elle et voudra prendre soin du bébé, un autre Esteban. Parallèlement, elle se liera d’amitié avec Huma Rojo, l’actrice qui a causé la mort de son fils, et remontera sur scène à ses côtés.

La grande majorité des films d’Almodóvar met en scène des groupes de femmes, car elles incarnent l’origine, non seulement de la vie, mais aussi de la narration et de la fiction : celles qui racontent des histoires à leurs enfants, et qui entre elles s’avouent tout et se mentent. Pour constituer ces groupes, il a ses actrices fétiches. Dans ce film, on en retrouve deux : Marisa Paredes (l’actrice) et Penelope Cruz (la sainte). Les femmes révèlent littéralement « tout sur elles » dans leurs dialogues et leurs attitudes.
La mise en scène souligne ces aspects de recul et de découverte de soi par des miroirs, à comprendre : chaque femme est le reflet d’une autre. Mais aussi par des mises en abîme et la duplicité des personnages qu’affectionne particulièrement Almodóvar : la spectatrice qui se reconnaît dans l’héroïne de la pièce de théâtre, la mère qui revit son histoire par le biais d’une autre, l’homme qui travaille pour être la femme qu’il est réellement. Ce que dit ce film, c’est qu’en toute femme il y a une mère, une actrice et une sainte et qu’en tout homme, il y a une femme.

La mère et le fils regardent un film : All About Eve, avec Bette Davis incarnant une star du théâtre, qui donnera à Esteban l’idée du titre de son scénario, et aussi le titre du film, en anglais : All About My Mother. Pedro Almodóvar dédie ce film à la Bette Davis de All About Eve, à la Gena Rowlands de Opening Night (d’où il s’inspire pour la scène de demande d’autographe sous la pluie) et à la Romy Schneider de L’important c’est d’aimer : trois actrices qui jouent des actrices et qui, avec tout leur esprit (fumée, alcool, solitude, abandon, folie, compréhension et désir), donnent vie aux personnages de Tout sur ma Mère.

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UNE réplique : « Una es más auténtica cuanto más se parece a lo que ha soñado de sí misma. » – Agrado. (« Une femme est la plus authentique quand elle ressemble le plus à ce qu’elle a elle-même rêvé d’être. »)

A savoir : Pedro Almodóvar a été élevé par un groupe de femmes, c’est pourquoi elles ont toujours les premiers rôles dans ses films. | Ce film a remporté le César et l’Oscar du meilleur film étranger, le Prix de la Mise en Scène à Cannes (en 1999) et 7 Goya (les César espagnols).

Björk chez Lars Von Trier : Dancer in the Dark

31 Août

Ma mission de la semaine : parler d’un film ayant reçu la Palme d’Or à Cannes. J’avais bien pensé à Dumbo (sisi, je vous jure), mais un peu régressif. Pulpfiction, déjà fait. Taxi Driver, j’aurais bien d’autres occasions d’en parler dans cette rubrique. Sous le Soleil de Satan, mais je me serai sentie bien seule (si certaines d’entre vous aiment ce film, faites quelque chose, ajoutez-moi sur Facebook, j’en sais rien). J’ai finalement opté pour le meilleur de tous les temps, pourquoi se compliquer ? La Palme d’Or de l’an 2000, Dancer in the Dark de Lars Von Trier (vous ai-je parlé de ma passion pour le cinéma danois?) avec la fantastique chanteuse Björk, dans son premier rôle au cinéma (vous ai-je parlé de ma passion pour Bj… ok, j’arrête).

Scène Culte #12 : Björk, pleine de grâce dans Dancer in the Dark dancer in the dark 06 g 1024x424

C’est l’histoire de Selma (Björk), une immigrée tchécoslovaque qui s’installe avec son fils de 12 ans dans une petite ville industrielle des États-Unis, espérant gagner plus d’argent et avoir de meilleures conditions pour se soigner. Se soigner? Ah oui, en plus de trimer d’arrache-pied dans une usine, d’être seule et sans le sou, elle a une maladie qui lui fait perdre la vue petit à petit. Et c’est héréditaire. Elle vit comme une pauvresse pour économiser assez pour l’opération qui sauvera la vue de son fils. Bien sûr, elle cache à tout le monde sa maladie, notamment à son fils (qui ne doit pas s’inquiéter) et son patron (qui voudrait la virer). La seule personne au courant est son amie, Kathy (Catherine Deneuve), une immigrée française.
Parallèlement à cette VDM maxi best of, Selma s’accroche à sa seule passion : les comédies musicales hollywoodiennes. D’ailleurs, son fils s’appelle Gene, comme Gene Kelly. Elle joue même dans un spectacle de la chorale de son quartier où les chansons qu’elle chante sont celles de La Mélodie du Bonheur (My Favourite Things et So Long, Farewell, pour les connaisseuses). C’est dans le seul aspect réconfortant de son existence que se trouve la seconde grande tragédie : être voué à perdre à petit feu ce qui nous faisait tenir. Selma aimait se remplir les yeux des danses pleines de joie et de paillettes de ces comédies, et l’image se floutera petit à petit, jusqu’à disparaître totalement. Un cauchemar de cinéphile, qui est sûrement celui de Lars Von Trier.

La symbolique du sacrifice de la femme est un sujet cher au réalisateur danois (on le retrouve, en plus fort, dans Breaking the Waves). Elle sacrifie, temps, argent, énergie, bonheur (sa vue à elle, son plaisir à elle) et enfin sa vie. En plus d’être un film social critiquant les conditions de travail dans l’Amérique libérale des 60s, les injustices sociales et la peine de mort aux États-Unis (non, je n’ai pas révélé la fin, hum), il met en scène un amour criant pour le cinéma comme spectacle visuel et reste, malgré tout, une ode à la vie et à l’amour.

Au début de l’extrait, Selma retire ses lunettes (qui la représentaient, comme pour Woody Allen et Camélia Jordana un peu) et les jette dans le vide. Moment fortement symbolique : c’est ici qu’elle renonce à tout espoir de guérison pour elle. Sa lutte est terminée. Résignée, elle chante avoir déjà tout vu et relativise les « must see » du monde, tels que les Chutes du Niagara, la Grande Muraille de Chine (ce n’est que de l’eau, ce n’est qu’un mur) pour se concentrer sur l’invisible et oublier toute forme de spectacle. (Vous pouvez pleurer.)

Von Trier utilise la caméra à l’épaule, pratique typique du genre documentaire, pour renforcer le côté réaliste du film et signifier que la misère que vit Selma et qui nous fait hurler d’injustice et pleurer toutes les larmes de notre corps, plein de gens l’ont vécu, la vivent et la vivront encore. Paradoxalement, l’extrait en lui-même est une scène de ballet complètement irréelle : les pêcheurs sur la barque qui font danser leurs cannes, le couple qui étend son linge et fait des pas de danse classique et les ouvriers en rangs organisés dans le train (sans parler de la danse des éléments : lumière et ombres, vent et eau). Les chorégraphies sont très dramatiques. C’est ce dont rêvait Selma en venant s’installer en Amérique : vivre une vie digne d’une comédie musicale. Malheureusement à ce moment, elle ne voit déjà plus ce qui l’entoure.

I’ve Seen It All a obtenu l’Oscar et le Golden Globe de la meilleure chanson originale. C’est Thom Yorke, le chanteur de Radiohead, qui chante à la place de l’acteur (Peter Stormare). C’est le seul moment de tout le film où la voix d’un acteur est remplacée pendant une chanson. De toutes les chansons originales du film, composées par Björk elle-même, celle-ci reste la plus emblématique.

Pitch du film : Selma, une immigrée tchécoslovaque, débarque dans une petite ville industrielle des États-Unis avec son fils, dans l’espoir d’une vie meilleure. Atteinte d’une maladie qui la rend aveugle, elle travaille dans une usine au-delà de ses capacités et des règles de sécurité, afin de réunir assez d’argent pour préserver son fils de la même maladie, mais ses économies attirent des personnes malintentionnées.

A savoir : L’histoire se déroule aux États-Unis, mais toutes les scènes d’extérieur (comme celle-ci) ont été tournées en Suède. | Lars Von Trier, qui est extrêmement barbare dans ses méthodes avec les actrices, raconte que chaque jour, avant de commencer à filmer, Björk venait lui dire « Mr Von Trier, je vous méprise » et lui crachait dessus. Tout un programme !

Marilyn et ses diam’s dans Les hommes préfèrent les blondes

31 Août

Nous arrivions à la onzième scène culte, et pas une seule trace de Marilyn Monroe. Comprenez bien qu’il fallait y remédier et vite. Et c’est de mon film préféré starring Marilyn dont je vais vous parler ce jeudi : Les Hommes Préfèrent les Blondes (Gentlemen Prefer Blonds). Inutile de mentionner le fait que je suis blonde et que la simple évocation du titre me fait sourire. Sérieusement, la « suite » c’est Les Hommes Épousent les Brunes (Gentlemen Marry Brunettes). Allez, on fait la paix.

Scène Culte #11 : Marilyn et ses diams dans Gentlemen Prefer Blonds gentlemenpreferblondes

A la base, c’était un roman (1925), puis une pièce de théâtre (1926), puis un film muet (1928), puis un spectacle musical (1929), et enfin la comédie musicale (1953) d’Howard Hawks. Bien connue pour son fantastique duo Jane Russel / Marilyn Monroe, mais surtout pour sa fameuse chanson Diamonds are a Girl’s Best Friend, reprise maintes et maintes fois par toutes les pop stars possibles, de Geri Halliwell à Kylie Minogue en passant par Beyoncé et Nicole Kidman dans Moulin Rouge!

Comme d’hab, un petit topo : Loreleï Lee (Marilyn) et Dorothy Shaw (Jane) sont BFF et danseuses de revue (pas des prostituées, attention !), mais, plus différentes, tu meurs : Loreleï est une croqueuse de diamants et Dorothy une croqueuse d’hommes. Rien qu’avec les intérêts des deux nanas, on comprend qu’Hawks basera son film sur 2 thèmes jusqu’alors tabous : le sexe et l’argent. Loreleï est fiancée à Gus, un jeune riche qui porte bien son nom et lui offre un voyage à Paris à la condition qu’elle se fasse chaperonner par sa sage copine Dorothy (il se met donc le doigt dans l’oeil jusqu’au nombril). Le père de Gus se méfie de ce voyage mais surtout d’elle, et engage un détective pour veiller à ce qu’elle soit bien sage et fidèle. S’en suivent quiproquos sur gags, le père apprend à son fils que sa blonde est infidèle, il la quitte, elle est sans le sou et plutôt vénère (même si Marilyn n’a jamais vraiment l’air vénère). Pour s’en sortir, les deux amies retournent danser sur les planches, mais à Paris, puisqu’elles ne peuvent plus se payer un billet de retour. Le Gus va quand-même voir son spectacle et ne sera pas déçu quand il la verra, entourée d’hommes et de diam’s, proclamer haut et fort sa devise : « les diamants sont mes meilleurs amis ». Voyez comme c’est beau :

La chanson Diamonds are a Girl’s Best Friend est la seule chanson du film que Loreleï chante seule (sinon, elle est en duo avec Dorothy), elle y parle d’elle et de son attirance pour ce qui brille. Dorothy a également sa chanson solo (Ain’t There Anyone Here For Love?), où elle chante au milieu d’athlètes à poil, jetez-y un œil, cela vaut le coup.
Pour l’anecdote, il a fallu onze prises pour obtenir cette scène, et l’orchestre jouait en même temps, à la demande de Marilyn, cette diva… Enfin, une diva qui brille comme ses diamants et capte absolument toute la lumière. Vous remarquerez que les danseuses sur la scène ont une espèce de voile noir sur le visage, cela peut ne pas se remarquer, ainsi Marilyn a l’air d’irradier encore plus. Évidemment, c’est elle-même qui chante toutes les chansons, elle a tout de même une doublure voix pour les « no, no, no » du début, et les « These rocks don’t lose their shape, Diamonds are a girl’s best friend ».
Le jour de sa mort, c’est cette scène que toutes les chaînes de télé américaines auront choisi de diffuser. La reine des scènes cultes de Marilyn.

Ce film aura été une sorte de manifeste féministe d’avant-garde, les 2 personnages principaux étant des femmes qui se barrent en vacances entre copines (dans les 50s, hein), chacune avec un très fort caractère, et des personnages masculins en second rôle qui se laissent piétiner sévère, sont convoités soit pour leur fric, soit pour leur corps, et qui se laissent embobiner sans rien dire. Il suffit de voir la tête de Gus à la fin de cette vidéo, qui ira ensuite la retrouver dans les coulisses pour se trainer à ses pieds. Le must du must étant le détective privé en nuisette dans le couloir du bateau, mais je n’en dirais pas plus. Regardez-le.

Pitch du film : Lorelei Lee (Marilyn Monroe) et son amie Dorothy Shaw (Jane Russel), deux danseuses de revue, rêvent de visiter Paris. Lorelei organise un voyage en bateau, aux frais de son richissime fiancé, Gus. Le père de Gus, voulant surveiller la donzelle pour être sûr qu’elle soit bien sage et n’en veuille pas qu’à son argent, envoie un détective privé sur le bateau.

A savoir : Marilyn coûtait très peu cher à l’époque, son cachet pour ce film était de 18 000$ contre 200 000$ pour Jane Russel. | Le bateau qu’elles prennent est celui qui a servi pour le tournage de Titanic (la version de 1953).