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Le Magicien d’Oz – There’s no place like home

2 Sep

Aujourd’hui, on s’intéresse au film le plus vu au monde, soit l’équivalent de La Bible pour les livres – si vous jouez au Trivial Poursuit vous savez de quoi je parle. Le Magicien d’Oz (The Wizard of Oz – 1939) de Victor Fleming, l’illustre réalisateur d’Autant en Emporte le Vent, adapté du roman de L. Frank Baum. Je suis si enthousiaste de parler de ce film que je danserai bien sur une route de briques jaunes en chantant, mais je pense que Dorothy et ses potes expriment l’essentiel ici :

Dorothy Gale s’ennuie dans la petite ferme du Kansas où elle vit avec son oncle et sa tante. Une horrible voisine riche et acariâtre veut lui enlever son chien, Toto. Elle ne peut rien faire contre et est désespérée. Lorsqu’un ouragan dévastateur passe sur la ferme, Dorothy est assommée et rêve qu’elle se retrouve à Oz, un pays peuplé de petits hommes où règnent des fées, mais surtout un grand magicien qui peut exaucer tous les souhaits. En chemin, pour le retrouver afin de rentrer chez elle, elle croise la route d’un épouvantail (qui n’a pas de cervelle), d’un homme de fer (qui n’a pas de cœur) et d’un lion (qui n’a pas de courage). Ils lutteront ensemble pour trouver ce fameux magicien, afin qu’il leur donne ce qui leur manque à tous.

Si l’histoire est globalement la même du livre au film, on ne retrouve presque rien de similaire du point de vue des détails, le changement le plus criant étant la couleur des fameuses chaussures de l’héroïne. Dans le roman, les souliers sont argentés. Dans le film, ils sont rouges (rubis, même). Pourquoi ? Parce que Le Magicien d’Oz est un des premiers films en Technicolor. Du milieu à la fin des années 30, la couleur à l’écran était une révolution et un véritable argument marketing (comme pour le son, le numérique et la 3D), les gens allaient au cinéma pour voir de la couleur à foison et constater le progrès. Les souliers de Dorothy, qui sont presque un personnage à part entière, ne pouvaient PAS être bêtement argentés.

Le Magicien d’Oz, c’est aussi Somewhere over the rainbow (Oscar de la meilleure chanson), chanté par Dorothy alors qu’elle est dans sa ferme perdue dans le Kansas, avec une image filmée en sépia. Dans son esprit d’enfant, elle ne connait qu’une seule chose de colorée : l’arc-en-ciel, et elle s’imagine un pays plein de couleurs, derrière l’arc-en-ciel, où les rêves se réalisent.

Puis, une tornade éclate (une des plus grosses craintes des États-Unis, le Kansas en étant le centre) et passe sur la ferme de Dorothy, qui n’a que le temps de se réfugier dans sa chambre. S’ensuivent des effets spéciaux incroyables qui montrent la ferme s’envoler (une reproduction miniature de la ferme était filmée au ralenti en train de tomber) et atterrir… derrière l’arc-en-ciel. 

Au tout début de la scène, l’image n’était pas filmée en sépia mais… en couleur! L’intérieur de la ferme avait été peint en marron, et une doublure de Dorothy (si l’on regarde de près, on remarque très bien que ce n’est pas Judy Garland) vêtue d’une robe couleur « sépia » ouvre la porte de dos. Puis, la vraie Dorothy fait son entrée avec sa robe bleue.

Le passage du sépia à la couleur est une excellente utilisation de la nouveauté pour rendre le changement d’univers flagrant. L’émerveillement du spectateur (qui a payé sa place pour voir de la couleur) est encore plus grand. Après avoir été coincé dans des teintes sépia durant les 20 premières minutes, une porte s’ouvrant sur les couleurs de l’arc-en-ciel nous contente et nous fait réellement changer d’univers en même temps que Dorothy.
Pour marquer encore plus le temps de l’émerveillement, il n’y a aucune musique avant l’ouverture de la porte, puis elle redémarre avec l’apparition des couleurs. Le parlé/chanté marque également la différenciation des deux mondes. Avant d’arriver à Oz, il n’y a eu qu’une seule chanson (Somewhere over the rainbow), très mélancolique. Après son arrivée, les scènes chantées et dansées s’enchaînent à grande vitesse, avec des rythmes beaucoup plus joyeux.

L’autre passage important du film avec l’arrivée à Oz, c’est le départ d’Oz. Une fois sa mission terminée, Dorothy apprend qu’elle avait le pouvoir de rentrer chez elle dès le début, grâce à ses souliers et à une formule magique : « There’s no place like home ».

La traduction littérale de cette formule magique donnerait « Il n’y a pas d’endroit comme chez soi », étrangement la VF traduit comme ceci : « Je veux retrouver ceux que j’aime ». La version originale ferait référence à la situation des États-Unis qui, ne sachant pas comment se positionner par rapport à la guerre qui avait lieu en Europe, préféraient « rester chez eux » et fermer les portes.
En revanche, l’histoire de cette fillette qui s’ennuie dans sa ferme loin de tout et cherche à s’évader pour s’accomplir est caractéristique du rêve américain. Le pays d’Oz peut être perçu comme un El Dorado, nécessaire au parcours initiatique des héros. On peut voir la Cité d’Émeraude (où règne le magicien) comme un New York fantastique avec ses hautes tours qui scintillent. Finalement, Oz est une terre d’accueil où l’on aide les vagabonds et laissés pour compte (Dorothy qui est loin de chez elle et n’a pas de parents, et ses 3 amis à qui il manque des qualités vitales). Mais la moralité de ce film sur l’exil (fantastique, musical et coloré, ça passe mieux) est que le seul foyer dans lequel on se trouve bien, c’est celui que l’on se fabrique soi-même, avec ses amis, la famille n’ayant presque aucun rôle ici.

Une citation : « Toto, I’ve got a feeling we’re not in Kansas anymore. » Dorothy Gale

A savoir : Cette réplique est classée 4e plus grande réplique du cinéma américain. | A l’origine, la Méchante Sorcière de l’Ouest devait être sublime et sexy, mais le réalisateur s’est raisonné : ce n’était pas possible, les méchants sont vieux et moches.| Judy Garland avait 17 ans, elle a du perdre plusieurs kilos et se faire comprimer la poitrine pour ce rôle, Dorothy étant censée être une petite fille.

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Le ballet des Chaussons Rouges

31 Août

Mille ouvrages théoriques sur le cinéma vous le démontreront par A+B : le septième art est le plus total des arts puisqu’il peut en lui seul réunir et contenir les six autres. Cela ne rend pas les autres arts moins importants, et ce n’est pas parce que l’on va au cinéma qu’il faut arrêter de lire ou d’aller au musée, mais certains films sont de véritables prouesses artistiques, et pour nourrir cette prise de conscience sur « le cinéma comme art total », un film déclasse tous les autres.

Les Chaussons Rouges (The Red Shoes – 1948) est un film de Michael Powell et Emeric Pressburger, un duo de cinéastes indépendants, auteurs de bon nombre de classiques du cinéma britannique.

Le film est ultra célèbre pour sa ballerine rousse et ses chaussons de danse rouge vif, à ne surtout pas confondre avec l’autre paire de chaussures rouges la plus connue du cinéma : celles de Dorothy du Magicien d’Oz (1939 – on y reviendra). Elles ont pourtant chacune un pouvoir sur celle qui les portent.

Côté symbolique, la couleur rouge a autant de significations positives que négatives, à savoir : la passion, la sexualité et le triomphe d’un côté, et le sang, l’enfer et le danger de l’autre. Ce qui traduit complètement l’ambivalence du personnage principal et son histoire. Venons-en.

Scène Culte #21 : Le ballet des Chaussons Rouges The Red Shoes 1948 0011

Les Chaussons Rouges raconte l’ascension simultanée d’une ballerine, Victoria Page (Moira Shearer) et d’un compositeur, Julian Craster (Marius Goring). Ces deux personnages forment un trio amoureux avec celui qui les unit : le directeur de la troupe de ballet, Boris Lermontov (Anton Walbrook). Julian écrit un ballet pour Victoria à la demande de Lermontov, Les Souliers Rouges, inspiré du conte d’Andersen.
C’est un triomphe, Victoria devient une ballerine célèbre dans toute l’Europe, mais l’histoire d’amour naissante entre Victoria et Julian provoque la colère et la jalousie de Lermontov. Il renvoie le compositeur et Victoria démissionne, renonçant ainsi à sa passion pour la danse et l’art au profit de son amour. Mais l’héroïne qu’elle incarne dans Les Chaussons Rouges prend le dessus sur Victoria, les chaussons ne s’enlèvent plus et n’arrêtent pas leur course folle.

La scène culte de ce film, c’est la scène du ballet des Chaussons Rouges, la clé de voûte de l’histoire. Ce ballet incroyable qui dure 17 minutes nécessita une vingtaine de décors somptueux, 53 danseurs et 4 semaines de tournage. Victoria danse alors le conte d’Andersen « Les Souliers Rouges », l’histoire d’une jeune femme qui tombe amoureuse d’une paire de souliers. Elle les enfile et se met à danser, heureuse et légère, jusqu’au bout de la nuit. Au petit matin, exténuée, elle tente de s’arrêter, mais les souliers ne sont pas fatigués et continuent de danser, interminablement.

Avant de la regarder et pour bien en profiter, il faut voir en quoi cette scène réunit tous les arts à elle seule? Littérature et poésie : il s’agit d’une adaptation du conte « Les Souliers Rouges » du célèbre conteur danois Hans Christian Andersen, à qui l’on doit notamment « La Petite Sirène », « Le Vilain Petit Canard », « La Petite Fille aux Allumettes », etc. Danse et pantomime : il s’agit de l’histoire d’une ballerine, il y a donc de longues scènes dansées qui allient un jeu théâtral digne d’acteurs muets. Musique : l’un des personnages principaux s’est fait voler ses compositions musicales pour le ballet, la musique originale – composée spécialement pour le film, a reçu l’Oscar et le Golden Globe de la meilleure musique. Peinture, Dessin et Architecture : sont présents dans la vingtaine de décors de théâtre « sur scène » dans lesquels Victoria danse et saute de l’un à l’autre. Ces décors sublimes ont été construits à partir de véritables peintures réalisées par Hein Heckroth, qui obtint pour ce film l’Oscar du meilleur directeur artistique (décors, costumes et accessoires). Voici quelques unes des peintures en question, que vous reconnaitrez sûrement en regardant l’extrait :

Scène Culte #21 : Le ballet des Chaussons Rouges montage red shoes 1

Scène Culte #21 : Le ballet des Chaussons Rouges 001

Voici donc le monstre :

 

En parallèle de la mise en scène décrite plus haut, Victoria fait également une traversée de l’art en dansant de tableaux en tableaux : elle passe par un cirque, un bal, un musée (dans lequel les œuvres tombent par terre), un cimetière (avec colonnades et statues) et danse avec du papier imprimé.

Le plus important étant les techniques propres au cinéma utilisées dans la scène : superpositions de plans, glissements hallucinogènes (quand elle se regarde dans la vitrine), fondus enchaînés, apparitions dues au montage (les chaussons qui disparaissent de la vitrine et apparaissent à ses pieds). Ces techniques sont là pour nous rappeler, au cas où on l’aurait oublié, que l’on regarde Les Chaussons Rouges le film, pas le ballet. Les spectateurs dans le théâtre où joue Victoria ne peuvent pas voir cela, nous si. Avec un film, on peut faire encore plus de choses et on ne s’embarrasse pas de la réalité, de ce qui est possible ou pas.

Ce film est une réflexion sur l’art, la vie et la douleur obligatoire qui les relie. La douleur des choix que l’on fait pour vivre et les sacrifices pour l’art, du corps et de l’esprit. Danser sur la pointe des pieds pour toujours serait aussi douloureux que de taper sur les touches d’un piano toute sa vie, de gratter les cordes d’une guitare à l’infini, ou de ne jamais s’arrêter d’écrire. Si l’on fait le choix de « faire de l’art », on s’y consacre corps et âme, ou pas du tout. Mais si l’on ne peut pas vivre sans danser, sans peindre ou sans écrire, que reste-t-il comme choix sinon mourir ? L’art mérite-t-il que l’on meurt pour lui?

Ces dilemmes impossibles sont classiques des films de Powell et Pressburger, dont les personnages sont toujours tiraillés entre l’ambition et l’amour et la vie et la mort. Michael Powell justifia l’immense succès des Chaussons Rouges par ceci : « Pendant dix ans on nous avait dit à tous d’aller mourir pour la liberté et la démocratie, et maintenant que la guerre était finie, Les Chaussons Rouges nous disait d’aller mourir pour l’art. »

Enfin, ce film rend l’art accessible à tous. En payant un simple ticket de cinéma, on peut voir un vrai ballet sans passer par la case opéra / robe longue / costume trois pièces. Une révolution.

UNE citation : “- Why do you want to dance? – Why do you want to live?”  Boris Lermontov & Victoria Page

A savoir : Une version remastérisée du film par Martin Scorsese est sortie, en Blu-Ray et au cinéma, en 2010. Cette version a fait l’ouverture du festival de Cannes en 2009, quand Scorsese en était le président.

La Lolita de Kubrick

31 Août

Stanley Kubrick est un it-director, un basic, une valeur sûre. Il est presque la petite robe noire du cinéma. S’il n’a réalisé « que » 13 films, 9 sont incontestablement des grands classiques (Orange Mécanique, 2001 l’Odyssée de l’Espace, ShiningEyes Wide Shut, pour ne citer qu’eux) et très différents les uns des autres, mais toujours avec un souci extrême du détail. C’était la force et le drame de Kubrick, il était méticuleux et n’a pas pu réaliser autant de films qu’il l’aurait souhaité.

Son adaptation filmique de Lolita, le roman édité comme « pornographique » de Vladimir Nabokov (1955), était – de base – un vrai défi, une chasse à la censure. Malgré une réécriture du scénario avec Nabokov lui-même (allusions sexuelles supprimées ou suggérées, héroïne âgée de 15 ans au lieu de 12) et un tournage effectué en Grande-Bretagne pour échapper au dictat des puritains américains, le film fut interdit aux moins de 18 ans à sa sortie en 1962 et l’actrice principale, Sue Lyon, alors âgée de 16 ans ne put même pas assister à la projection !

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Humbert Humbert (James Mason), un professeur de littérature française, cherche à louer une chambre pour l’été dans le New Hampshire. Il visite la maison de Charlotte Haze (Shelley Winters), jeune veuve en manque d’amour qui tente de lui vanter sa maison afin qu’il s’y installe, à grands renforts de fausse érudition et séduction grossière. Alors qu’il s’apprête à partir pour aller chercher ailleurs, il découvre la fille de Charlotte, Dolorès, surnommée « Lolita » (Sue Lyon), dont il tombe immédiatement amoureux. Pour rester auprès d’elle, Humbert louera la chambre puis épousera la mère. Lorsque celle-ci apprend la vérité en lisant le journal intime de son mari, elle quitte précipitamment sa maison sous le coup de l’émotion, se fait écraser par une voiture et meurt. Humbert, beau-père de Lolita, devient son tuteur légal. Leur amour platonique se transforme en passion. Donc oui, inceste et pédophilie au cinéma dans les années 60, même avec une mise en scène très chaste et une réalisation parfaite, ça passe mal.

On peut toujours discuter de « quelle scène est la plus culte », surtout quand le film en question est un classique. Mais il semble logique que dans Lolita, la scène la plus remarquable soit celle de l’apparition de Lolita, qui n’arrive qu’une vingtaine de minutes après le début du film. On l’attend, donc.

Et c’est ici que tout commence. Kubrick a fait en sorte que le spectateur ait la même réaction que le pauvre Humbert en voyant Lolita : le coup de foudre. Un plan fixe dans lequel elle occupe tout l’espace d’une installation tellement méticuleuse qu’elle ne paraît pas naturelle une seconde : serviette étalée sans un pli, livre ouvert en son milieu, posture très étudiée mettant en valeur chaque partie de son corps (lumière du projecteur orienté sur les jambes pour les allonger et attirer le regard dessus). Le chapeau qu’elle porte n’est pas non plus choisi au hasard, il la transforme en véritable fleur au milieu du jardin, ce qui donne non seulement l’impression qu’elle est une fleur parmi les fleurs, mais surtout, une jeune fille en fleur. Ce n’est pas pour rien qu’on appelle communément une jeune fille en fleur une « lolita ». Les hommes parlent d’elle comme étant une « nymphette », ce surnom prend tout son sens dans ce décor, presque nue au milieu d’un jardin.
Quant à la mère, elle présente sa fille comme un élément « décoratif » du jardin, avant de lui ordonner de baisser le son de sa radio. Ce dédain et cette tentative de la rendre invisible (alors qu’on ne voit qu’elle) montre la jalousie que la mère éprouve pour sa fille, aurait-elle eu un pressentiment? L’ordre qu’elle lui donne (de baisser le son) la rassure sur le seul pouvoir qu’elle a sur Lolita : contrôler certaines de ses actions.

Lorsque la mère demande à Humbert ce qui l’a fait changer d’avis, il répond en citant l’argument le plus ridicule qu’elle lui ait donné : ses tartes aux cerises. Nous savons que c’est pour Lolita, il le sait aussi, et Lolita l’a bien compris à en juger par son sourire qui clôture la scène. Ce sourire sur son visage d’enfant montre l’ambivalence de sa personnalité : une tendresse enfantine et une innocence, mais aussi un feu qui l’anime… et peut-être un léger début de perversion. C’est certainement pour appuyer cette double personnalité, cette balance entre innocence et perversion, que le personnage masculin a un nom double. Humbert Humbert, comme s’il y en avait un de trop. Quel Humbert prendra le dessus sur l’autre? La raison ou la passion?

UNE réplique : « – What was the decisive factor? My garden? – … I think it was your cherry pies. » Charlotte Haze – Humbert Humbert

À savoir : Sue Lyon remporte pour Lolita le Golden Globe du meilleur espoir. | Kubrick n’a jamais reçu l’Oscar du meilleur réalisateur.

 

Le cake d’amour de Peau d’Âne

31 Août

J’espère que vous vous rappelez toutes de votre première séance de cinéma.
Du plus loin que je me souvienne, j’avais 6 ans et la maman d’une copine nous avait emmenées voir Peau d’Âne de Jacques Demy (1970 – NAN je n’étais pas née, je vous vois venir, c’était une rétrospective) – adaptation du conte populaire en vers de Charles Perrault, comme chacun sait (ou pas).

Finalement, c’était aussi bien qu’un Disney : une histoire de princesse et sa marraine-la-fée dans un royaume avec des chansons, un beau prince et tout le bordel. Quand tu le revois dix ans plus tard : tu fantasmes toujours sur les robes, tu chantes les chansons avec de la chantilly plein le cœur, mais surtout : tu captes enfin la morale du conte, tu trouves la réalisation bien psychédélique, Jean Marais trop sexy (ne me faites pas croire que je suis la seule) et tu saisis les références littéraires. Ça fait toujours drôle.
Bref, j’en appelle à vous, folles de comédies musicales / littérature / contes de fées / cinéma : ce film est fait pour vous.

Scène culte #15 : Le cake damour de Peau dÂne peau d ane 1970 03 g 1024x663

Avant de mourir, la mère de Peau d’Âne fait jurer à son époux de ne la remplacer que par une femme qui sera « plus belle et mieux faite » qu’elle. Le roi jure, mais demeure inconsolable et se renferme sur lui-même. Un jour, on lui présente une liste de vieilles gribiches à marier, toutes plus vilaines et stupides les unes que les autres. C’est alors que le portrait d’une bombasse lui passe entre les mains. C’est elle qui lui faut ! « Qui est-elle? C’est votre fille, majesté. » Il fait sa demande. Une fée du royaume, la marraine de la jeune fille, conseillera à la belle d’accepter seulement si son père peut lui offrir une robe couleur du temps, couleur de lune et couleur du soleil : des épreuves, obstacles infranchissables. Mais le roi les lui offre. La fée sort alors son joker : il devra lui céder la peau de son vieil âne, celui qui pond de l’or et des pierres précieuses. Et il le fera.
Elle s’enfuira, la peau de l’âne sur le dos et de la suie sur le visage. Elle deviendra la souillon d’une vieille sorcière (cracheuse de crapauds, en référence à un autre conte de Perrault – Les trois fées) à s’occuper des cochons, torchons et autres tâches ingrates qui se terminent en « -on » et vivra reculée dans les bois, dans une cabane aussi miséreuse que son château était luxueux. Un jour, un prince y passe (guidé par une rose) et la découvre dans sa robe couleur du soleil. De retour à son château, il se meurt d’amour et réclame que Peau d’Âne lui fasse un gâteau, seul moyen de le guérir.

Je crois que l’on s’est toutes posé la question : mais… POURQUOI elle met sa plus belle robe pour cuisiner? Je sais que vous aussi, vous frémissez quand elle allume le feu et surtout quand sa manche baigne dans le bol de farine et dans le beurre.

En fait, la salissure ressentie par l’enfant de par la demande en mariage de son père (qui est immorale et incestueuse) est matérialisée par la peau de l’âne, vêtement répugnant qu’elle choisit de porter et qui lui vaut son surnom. C’est cette peau, cette salissure intérieure, qui la réduit à un état de souillon, un être incompris, l’exile loin de tout et lui vaut des moqueries. Lorsqu’elle met sa robe couleur de soleil (la plus luxueuse de toutes), c’est qu’elle est en contact avec le prince / l’amour, et qu’elle s’échappe de la relation incestueuse d’avec son père. En somme, on porte le poids d’un acte immoral quel qu’il soit comme un lourd vêtement dont seul l’amour peut nous débarrasser.

Bien sûr, il y a d’autres questions comme : sa bague, elle ne fond pas dans le four? Et le petit poussin, elle l’adopte? Pourquoi il a ses plumes quand il sort de l’œuf? Et elle a vraiment mis une heure pour nettoyer sa mini-cuisine? Auxquelles on peut peut-être juste répondre par : c’est du cinéma.

Comme sa recette qui est tout de même assez approximative, avec des mesures « poétiques » : une main, un souffle, une larme, un soupçon – termes pouvant appartenir au champ lexical des relations.
Cette scène est aussi une analogie de la traditionnelle galette des rois (qu’elle énonce avec les recettes du début), puisqu’elle doit mener au mariage du prince, qui fera de lui un roi !

Vous aurez compris que la morale de Peau d’Âne, c’est de ne pas confondre les amours : on aime ses parents, mais on ne les épouse pas. D’un autre côté, j’ai un peu envie de dire « Allô ! Son père, c’est Jean Marais, alors c’est normal qu’elle soit amoureuse de lui, si j’puis m’permettre! » Mais bon.

On peut ajouter que sa marraine, la fée des Lilas, s’acharne à « sauver » Peau d’Âne de ce mariage, aussi parce qu’elle-même est amoureuse de son père, le roi. Sinon, elle voyage dans le temps : petit apport scénaristique de la part de Demy. Il est question dans le film (dont l’action se déroule au XVIIe siècle) d’hélicoptère, de piles, de téléphone et auteurs « du futur » : Cocteau, Apollinaire, le dialogue entre le prince et la rose est un clin d’œil au Petit Prince de St Exupéry, et seront nommées parmi les prétendantes du prince la Princesse de Clèves et la Comtesse de Ségur. L’esthétique (les chevaux teints en rouge, les serviteurs bleus, par exemple) et les couleurs flashy sont des références au pop art, car avant de réaliser Peau d’Âne, Demy avait passé 2 ans aux États-Unis. Cela renforce encore la morale du film/conte : quelles que soient les époques, les relations incestueuses ne sauraient être admises car elles n’ont pas leur place dans l’ordre des choses, même dans le futur.

UNE réplique : « La vie n’est pas toujours aussi aisée qu’on croit – Qu’on soit petite gens ou bien fille de roi. » – La Fée des Lilas

A savoir : Jim Morrisson, leader des Doors, venait sur le tournage de Peau d’Âne, s’asseyait dans un coin et regardait, émerveillé. (Agnès Varda, réalisatrice et femme de Jacques Demy, raconte tout cela dans son excellent film Les Plages d’Agnès.)

Marilyn et ses diam’s dans Les hommes préfèrent les blondes

31 Août

Nous arrivions à la onzième scène culte, et pas une seule trace de Marilyn Monroe. Comprenez bien qu’il fallait y remédier et vite. Et c’est de mon film préféré starring Marilyn dont je vais vous parler ce jeudi : Les Hommes Préfèrent les Blondes (Gentlemen Prefer Blonds). Inutile de mentionner le fait que je suis blonde et que la simple évocation du titre me fait sourire. Sérieusement, la « suite » c’est Les Hommes Épousent les Brunes (Gentlemen Marry Brunettes). Allez, on fait la paix.

Scène Culte #11 : Marilyn et ses diams dans Gentlemen Prefer Blonds gentlemenpreferblondes

A la base, c’était un roman (1925), puis une pièce de théâtre (1926), puis un film muet (1928), puis un spectacle musical (1929), et enfin la comédie musicale (1953) d’Howard Hawks. Bien connue pour son fantastique duo Jane Russel / Marilyn Monroe, mais surtout pour sa fameuse chanson Diamonds are a Girl’s Best Friend, reprise maintes et maintes fois par toutes les pop stars possibles, de Geri Halliwell à Kylie Minogue en passant par Beyoncé et Nicole Kidman dans Moulin Rouge!

Comme d’hab, un petit topo : Loreleï Lee (Marilyn) et Dorothy Shaw (Jane) sont BFF et danseuses de revue (pas des prostituées, attention !), mais, plus différentes, tu meurs : Loreleï est une croqueuse de diamants et Dorothy une croqueuse d’hommes. Rien qu’avec les intérêts des deux nanas, on comprend qu’Hawks basera son film sur 2 thèmes jusqu’alors tabous : le sexe et l’argent. Loreleï est fiancée à Gus, un jeune riche qui porte bien son nom et lui offre un voyage à Paris à la condition qu’elle se fasse chaperonner par sa sage copine Dorothy (il se met donc le doigt dans l’oeil jusqu’au nombril). Le père de Gus se méfie de ce voyage mais surtout d’elle, et engage un détective pour veiller à ce qu’elle soit bien sage et fidèle. S’en suivent quiproquos sur gags, le père apprend à son fils que sa blonde est infidèle, il la quitte, elle est sans le sou et plutôt vénère (même si Marilyn n’a jamais vraiment l’air vénère). Pour s’en sortir, les deux amies retournent danser sur les planches, mais à Paris, puisqu’elles ne peuvent plus se payer un billet de retour. Le Gus va quand-même voir son spectacle et ne sera pas déçu quand il la verra, entourée d’hommes et de diam’s, proclamer haut et fort sa devise : « les diamants sont mes meilleurs amis ». Voyez comme c’est beau :

La chanson Diamonds are a Girl’s Best Friend est la seule chanson du film que Loreleï chante seule (sinon, elle est en duo avec Dorothy), elle y parle d’elle et de son attirance pour ce qui brille. Dorothy a également sa chanson solo (Ain’t There Anyone Here For Love?), où elle chante au milieu d’athlètes à poil, jetez-y un œil, cela vaut le coup.
Pour l’anecdote, il a fallu onze prises pour obtenir cette scène, et l’orchestre jouait en même temps, à la demande de Marilyn, cette diva… Enfin, une diva qui brille comme ses diamants et capte absolument toute la lumière. Vous remarquerez que les danseuses sur la scène ont une espèce de voile noir sur le visage, cela peut ne pas se remarquer, ainsi Marilyn a l’air d’irradier encore plus. Évidemment, c’est elle-même qui chante toutes les chansons, elle a tout de même une doublure voix pour les « no, no, no » du début, et les « These rocks don’t lose their shape, Diamonds are a girl’s best friend ».
Le jour de sa mort, c’est cette scène que toutes les chaînes de télé américaines auront choisi de diffuser. La reine des scènes cultes de Marilyn.

Ce film aura été une sorte de manifeste féministe d’avant-garde, les 2 personnages principaux étant des femmes qui se barrent en vacances entre copines (dans les 50s, hein), chacune avec un très fort caractère, et des personnages masculins en second rôle qui se laissent piétiner sévère, sont convoités soit pour leur fric, soit pour leur corps, et qui se laissent embobiner sans rien dire. Il suffit de voir la tête de Gus à la fin de cette vidéo, qui ira ensuite la retrouver dans les coulisses pour se trainer à ses pieds. Le must du must étant le détective privé en nuisette dans le couloir du bateau, mais je n’en dirais pas plus. Regardez-le.

Pitch du film : Lorelei Lee (Marilyn Monroe) et son amie Dorothy Shaw (Jane Russel), deux danseuses de revue, rêvent de visiter Paris. Lorelei organise un voyage en bateau, aux frais de son richissime fiancé, Gus. Le père de Gus, voulant surveiller la donzelle pour être sûr qu’elle soit bien sage et n’en veuille pas qu’à son argent, envoie un détective privé sur le bateau.

A savoir : Marilyn coûtait très peu cher à l’époque, son cachet pour ce film était de 18 000$ contre 200 000$ pour Jane Russel. | Le bateau qu’elles prennent est celui qui a servi pour le tournage de Titanic (la version de 1953).