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Le Magicien d’Oz – There’s no place like home

2 Sep

Aujourd’hui, on s’intéresse au film le plus vu au monde, soit l’équivalent de La Bible pour les livres – si vous jouez au Trivial Poursuit vous savez de quoi je parle. Le Magicien d’Oz (The Wizard of Oz – 1939) de Victor Fleming, l’illustre réalisateur d’Autant en Emporte le Vent, adapté du roman de L. Frank Baum. Je suis si enthousiaste de parler de ce film que je danserai bien sur une route de briques jaunes en chantant, mais je pense que Dorothy et ses potes expriment l’essentiel ici :

Dorothy Gale s’ennuie dans la petite ferme du Kansas où elle vit avec son oncle et sa tante. Une horrible voisine riche et acariâtre veut lui enlever son chien, Toto. Elle ne peut rien faire contre et est désespérée. Lorsqu’un ouragan dévastateur passe sur la ferme, Dorothy est assommée et rêve qu’elle se retrouve à Oz, un pays peuplé de petits hommes où règnent des fées, mais surtout un grand magicien qui peut exaucer tous les souhaits. En chemin, pour le retrouver afin de rentrer chez elle, elle croise la route d’un épouvantail (qui n’a pas de cervelle), d’un homme de fer (qui n’a pas de cœur) et d’un lion (qui n’a pas de courage). Ils lutteront ensemble pour trouver ce fameux magicien, afin qu’il leur donne ce qui leur manque à tous.

Si l’histoire est globalement la même du livre au film, on ne retrouve presque rien de similaire du point de vue des détails, le changement le plus criant étant la couleur des fameuses chaussures de l’héroïne. Dans le roman, les souliers sont argentés. Dans le film, ils sont rouges (rubis, même). Pourquoi ? Parce que Le Magicien d’Oz est un des premiers films en Technicolor. Du milieu à la fin des années 30, la couleur à l’écran était une révolution et un véritable argument marketing (comme pour le son, le numérique et la 3D), les gens allaient au cinéma pour voir de la couleur à foison et constater le progrès. Les souliers de Dorothy, qui sont presque un personnage à part entière, ne pouvaient PAS être bêtement argentés.

Le Magicien d’Oz, c’est aussi Somewhere over the rainbow (Oscar de la meilleure chanson), chanté par Dorothy alors qu’elle est dans sa ferme perdue dans le Kansas, avec une image filmée en sépia. Dans son esprit d’enfant, elle ne connait qu’une seule chose de colorée : l’arc-en-ciel, et elle s’imagine un pays plein de couleurs, derrière l’arc-en-ciel, où les rêves se réalisent.

Puis, une tornade éclate (une des plus grosses craintes des États-Unis, le Kansas en étant le centre) et passe sur la ferme de Dorothy, qui n’a que le temps de se réfugier dans sa chambre. S’ensuivent des effets spéciaux incroyables qui montrent la ferme s’envoler (une reproduction miniature de la ferme était filmée au ralenti en train de tomber) et atterrir… derrière l’arc-en-ciel. 

Au tout début de la scène, l’image n’était pas filmée en sépia mais… en couleur! L’intérieur de la ferme avait été peint en marron, et une doublure de Dorothy (si l’on regarde de près, on remarque très bien que ce n’est pas Judy Garland) vêtue d’une robe couleur « sépia » ouvre la porte de dos. Puis, la vraie Dorothy fait son entrée avec sa robe bleue.

Le passage du sépia à la couleur est une excellente utilisation de la nouveauté pour rendre le changement d’univers flagrant. L’émerveillement du spectateur (qui a payé sa place pour voir de la couleur) est encore plus grand. Après avoir été coincé dans des teintes sépia durant les 20 premières minutes, une porte s’ouvrant sur les couleurs de l’arc-en-ciel nous contente et nous fait réellement changer d’univers en même temps que Dorothy.
Pour marquer encore plus le temps de l’émerveillement, il n’y a aucune musique avant l’ouverture de la porte, puis elle redémarre avec l’apparition des couleurs. Le parlé/chanté marque également la différenciation des deux mondes. Avant d’arriver à Oz, il n’y a eu qu’une seule chanson (Somewhere over the rainbow), très mélancolique. Après son arrivée, les scènes chantées et dansées s’enchaînent à grande vitesse, avec des rythmes beaucoup plus joyeux.

L’autre passage important du film avec l’arrivée à Oz, c’est le départ d’Oz. Une fois sa mission terminée, Dorothy apprend qu’elle avait le pouvoir de rentrer chez elle dès le début, grâce à ses souliers et à une formule magique : « There’s no place like home ».

La traduction littérale de cette formule magique donnerait « Il n’y a pas d’endroit comme chez soi », étrangement la VF traduit comme ceci : « Je veux retrouver ceux que j’aime ». La version originale ferait référence à la situation des États-Unis qui, ne sachant pas comment se positionner par rapport à la guerre qui avait lieu en Europe, préféraient « rester chez eux » et fermer les portes.
En revanche, l’histoire de cette fillette qui s’ennuie dans sa ferme loin de tout et cherche à s’évader pour s’accomplir est caractéristique du rêve américain. Le pays d’Oz peut être perçu comme un El Dorado, nécessaire au parcours initiatique des héros. On peut voir la Cité d’Émeraude (où règne le magicien) comme un New York fantastique avec ses hautes tours qui scintillent. Finalement, Oz est une terre d’accueil où l’on aide les vagabonds et laissés pour compte (Dorothy qui est loin de chez elle et n’a pas de parents, et ses 3 amis à qui il manque des qualités vitales). Mais la moralité de ce film sur l’exil (fantastique, musical et coloré, ça passe mieux) est que le seul foyer dans lequel on se trouve bien, c’est celui que l’on se fabrique soi-même, avec ses amis, la famille n’ayant presque aucun rôle ici.

Une citation : « Toto, I’ve got a feeling we’re not in Kansas anymore. » Dorothy Gale

A savoir : Cette réplique est classée 4e plus grande réplique du cinéma américain. | A l’origine, la Méchante Sorcière de l’Ouest devait être sublime et sexy, mais le réalisateur s’est raisonné : ce n’était pas possible, les méchants sont vieux et moches.| Judy Garland avait 17 ans, elle a du perdre plusieurs kilos et se faire comprimer la poitrine pour ce rôle, Dorothy étant censée être une petite fille.

Le cake d’amour de Peau d’Âne

31 Août

J’espère que vous vous rappelez toutes de votre première séance de cinéma.
Du plus loin que je me souvienne, j’avais 6 ans et la maman d’une copine nous avait emmenées voir Peau d’Âne de Jacques Demy (1970 – NAN je n’étais pas née, je vous vois venir, c’était une rétrospective) – adaptation du conte populaire en vers de Charles Perrault, comme chacun sait (ou pas).

Finalement, c’était aussi bien qu’un Disney : une histoire de princesse et sa marraine-la-fée dans un royaume avec des chansons, un beau prince et tout le bordel. Quand tu le revois dix ans plus tard : tu fantasmes toujours sur les robes, tu chantes les chansons avec de la chantilly plein le cœur, mais surtout : tu captes enfin la morale du conte, tu trouves la réalisation bien psychédélique, Jean Marais trop sexy (ne me faites pas croire que je suis la seule) et tu saisis les références littéraires. Ça fait toujours drôle.
Bref, j’en appelle à vous, folles de comédies musicales / littérature / contes de fées / cinéma : ce film est fait pour vous.

Scène culte #15 : Le cake damour de Peau dÂne peau d ane 1970 03 g 1024x663

Avant de mourir, la mère de Peau d’Âne fait jurer à son époux de ne la remplacer que par une femme qui sera « plus belle et mieux faite » qu’elle. Le roi jure, mais demeure inconsolable et se renferme sur lui-même. Un jour, on lui présente une liste de vieilles gribiches à marier, toutes plus vilaines et stupides les unes que les autres. C’est alors que le portrait d’une bombasse lui passe entre les mains. C’est elle qui lui faut ! « Qui est-elle? C’est votre fille, majesté. » Il fait sa demande. Une fée du royaume, la marraine de la jeune fille, conseillera à la belle d’accepter seulement si son père peut lui offrir une robe couleur du temps, couleur de lune et couleur du soleil : des épreuves, obstacles infranchissables. Mais le roi les lui offre. La fée sort alors son joker : il devra lui céder la peau de son vieil âne, celui qui pond de l’or et des pierres précieuses. Et il le fera.
Elle s’enfuira, la peau de l’âne sur le dos et de la suie sur le visage. Elle deviendra la souillon d’une vieille sorcière (cracheuse de crapauds, en référence à un autre conte de Perrault – Les trois fées) à s’occuper des cochons, torchons et autres tâches ingrates qui se terminent en « -on » et vivra reculée dans les bois, dans une cabane aussi miséreuse que son château était luxueux. Un jour, un prince y passe (guidé par une rose) et la découvre dans sa robe couleur du soleil. De retour à son château, il se meurt d’amour et réclame que Peau d’Âne lui fasse un gâteau, seul moyen de le guérir.

Je crois que l’on s’est toutes posé la question : mais… POURQUOI elle met sa plus belle robe pour cuisiner? Je sais que vous aussi, vous frémissez quand elle allume le feu et surtout quand sa manche baigne dans le bol de farine et dans le beurre.

En fait, la salissure ressentie par l’enfant de par la demande en mariage de son père (qui est immorale et incestueuse) est matérialisée par la peau de l’âne, vêtement répugnant qu’elle choisit de porter et qui lui vaut son surnom. C’est cette peau, cette salissure intérieure, qui la réduit à un état de souillon, un être incompris, l’exile loin de tout et lui vaut des moqueries. Lorsqu’elle met sa robe couleur de soleil (la plus luxueuse de toutes), c’est qu’elle est en contact avec le prince / l’amour, et qu’elle s’échappe de la relation incestueuse d’avec son père. En somme, on porte le poids d’un acte immoral quel qu’il soit comme un lourd vêtement dont seul l’amour peut nous débarrasser.

Bien sûr, il y a d’autres questions comme : sa bague, elle ne fond pas dans le four? Et le petit poussin, elle l’adopte? Pourquoi il a ses plumes quand il sort de l’œuf? Et elle a vraiment mis une heure pour nettoyer sa mini-cuisine? Auxquelles on peut peut-être juste répondre par : c’est du cinéma.

Comme sa recette qui est tout de même assez approximative, avec des mesures « poétiques » : une main, un souffle, une larme, un soupçon – termes pouvant appartenir au champ lexical des relations.
Cette scène est aussi une analogie de la traditionnelle galette des rois (qu’elle énonce avec les recettes du début), puisqu’elle doit mener au mariage du prince, qui fera de lui un roi !

Vous aurez compris que la morale de Peau d’Âne, c’est de ne pas confondre les amours : on aime ses parents, mais on ne les épouse pas. D’un autre côté, j’ai un peu envie de dire « Allô ! Son père, c’est Jean Marais, alors c’est normal qu’elle soit amoureuse de lui, si j’puis m’permettre! » Mais bon.

On peut ajouter que sa marraine, la fée des Lilas, s’acharne à « sauver » Peau d’Âne de ce mariage, aussi parce qu’elle-même est amoureuse de son père, le roi. Sinon, elle voyage dans le temps : petit apport scénaristique de la part de Demy. Il est question dans le film (dont l’action se déroule au XVIIe siècle) d’hélicoptère, de piles, de téléphone et auteurs « du futur » : Cocteau, Apollinaire, le dialogue entre le prince et la rose est un clin d’œil au Petit Prince de St Exupéry, et seront nommées parmi les prétendantes du prince la Princesse de Clèves et la Comtesse de Ségur. L’esthétique (les chevaux teints en rouge, les serviteurs bleus, par exemple) et les couleurs flashy sont des références au pop art, car avant de réaliser Peau d’Âne, Demy avait passé 2 ans aux États-Unis. Cela renforce encore la morale du film/conte : quelles que soient les époques, les relations incestueuses ne sauraient être admises car elles n’ont pas leur place dans l’ordre des choses, même dans le futur.

UNE réplique : « La vie n’est pas toujours aussi aisée qu’on croit – Qu’on soit petite gens ou bien fille de roi. » – La Fée des Lilas

A savoir : Jim Morrisson, leader des Doors, venait sur le tournage de Peau d’Âne, s’asseyait dans un coin et regardait, émerveillé. (Agnès Varda, réalisatrice et femme de Jacques Demy, raconte tout cela dans son excellent film Les Plages d’Agnès.)

Björk chez Lars Von Trier : Dancer in the Dark

31 Août

Ma mission de la semaine : parler d’un film ayant reçu la Palme d’Or à Cannes. J’avais bien pensé à Dumbo (sisi, je vous jure), mais un peu régressif. Pulpfiction, déjà fait. Taxi Driver, j’aurais bien d’autres occasions d’en parler dans cette rubrique. Sous le Soleil de Satan, mais je me serai sentie bien seule (si certaines d’entre vous aiment ce film, faites quelque chose, ajoutez-moi sur Facebook, j’en sais rien). J’ai finalement opté pour le meilleur de tous les temps, pourquoi se compliquer ? La Palme d’Or de l’an 2000, Dancer in the Dark de Lars Von Trier (vous ai-je parlé de ma passion pour le cinéma danois?) avec la fantastique chanteuse Björk, dans son premier rôle au cinéma (vous ai-je parlé de ma passion pour Bj… ok, j’arrête).

Scène Culte #12 : Björk, pleine de grâce dans Dancer in the Dark dancer in the dark 06 g 1024x424

C’est l’histoire de Selma (Björk), une immigrée tchécoslovaque qui s’installe avec son fils de 12 ans dans une petite ville industrielle des États-Unis, espérant gagner plus d’argent et avoir de meilleures conditions pour se soigner. Se soigner? Ah oui, en plus de trimer d’arrache-pied dans une usine, d’être seule et sans le sou, elle a une maladie qui lui fait perdre la vue petit à petit. Et c’est héréditaire. Elle vit comme une pauvresse pour économiser assez pour l’opération qui sauvera la vue de son fils. Bien sûr, elle cache à tout le monde sa maladie, notamment à son fils (qui ne doit pas s’inquiéter) et son patron (qui voudrait la virer). La seule personne au courant est son amie, Kathy (Catherine Deneuve), une immigrée française.
Parallèlement à cette VDM maxi best of, Selma s’accroche à sa seule passion : les comédies musicales hollywoodiennes. D’ailleurs, son fils s’appelle Gene, comme Gene Kelly. Elle joue même dans un spectacle de la chorale de son quartier où les chansons qu’elle chante sont celles de La Mélodie du Bonheur (My Favourite Things et So Long, Farewell, pour les connaisseuses). C’est dans le seul aspect réconfortant de son existence que se trouve la seconde grande tragédie : être voué à perdre à petit feu ce qui nous faisait tenir. Selma aimait se remplir les yeux des danses pleines de joie et de paillettes de ces comédies, et l’image se floutera petit à petit, jusqu’à disparaître totalement. Un cauchemar de cinéphile, qui est sûrement celui de Lars Von Trier.

La symbolique du sacrifice de la femme est un sujet cher au réalisateur danois (on le retrouve, en plus fort, dans Breaking the Waves). Elle sacrifie, temps, argent, énergie, bonheur (sa vue à elle, son plaisir à elle) et enfin sa vie. En plus d’être un film social critiquant les conditions de travail dans l’Amérique libérale des 60s, les injustices sociales et la peine de mort aux États-Unis (non, je n’ai pas révélé la fin, hum), il met en scène un amour criant pour le cinéma comme spectacle visuel et reste, malgré tout, une ode à la vie et à l’amour.

Au début de l’extrait, Selma retire ses lunettes (qui la représentaient, comme pour Woody Allen et Camélia Jordana un peu) et les jette dans le vide. Moment fortement symbolique : c’est ici qu’elle renonce à tout espoir de guérison pour elle. Sa lutte est terminée. Résignée, elle chante avoir déjà tout vu et relativise les « must see » du monde, tels que les Chutes du Niagara, la Grande Muraille de Chine (ce n’est que de l’eau, ce n’est qu’un mur) pour se concentrer sur l’invisible et oublier toute forme de spectacle. (Vous pouvez pleurer.)

Von Trier utilise la caméra à l’épaule, pratique typique du genre documentaire, pour renforcer le côté réaliste du film et signifier que la misère que vit Selma et qui nous fait hurler d’injustice et pleurer toutes les larmes de notre corps, plein de gens l’ont vécu, la vivent et la vivront encore. Paradoxalement, l’extrait en lui-même est une scène de ballet complètement irréelle : les pêcheurs sur la barque qui font danser leurs cannes, le couple qui étend son linge et fait des pas de danse classique et les ouvriers en rangs organisés dans le train (sans parler de la danse des éléments : lumière et ombres, vent et eau). Les chorégraphies sont très dramatiques. C’est ce dont rêvait Selma en venant s’installer en Amérique : vivre une vie digne d’une comédie musicale. Malheureusement à ce moment, elle ne voit déjà plus ce qui l’entoure.

I’ve Seen It All a obtenu l’Oscar et le Golden Globe de la meilleure chanson originale. C’est Thom Yorke, le chanteur de Radiohead, qui chante à la place de l’acteur (Peter Stormare). C’est le seul moment de tout le film où la voix d’un acteur est remplacée pendant une chanson. De toutes les chansons originales du film, composées par Björk elle-même, celle-ci reste la plus emblématique.

Pitch du film : Selma, une immigrée tchécoslovaque, débarque dans une petite ville industrielle des États-Unis avec son fils, dans l’espoir d’une vie meilleure. Atteinte d’une maladie qui la rend aveugle, elle travaille dans une usine au-delà de ses capacités et des règles de sécurité, afin de réunir assez d’argent pour préserver son fils de la même maladie, mais ses économies attirent des personnes malintentionnées.

A savoir : L’histoire se déroule aux États-Unis, mais toutes les scènes d’extérieur (comme celle-ci) ont été tournées en Suède. | Lars Von Trier, qui est extrêmement barbare dans ses méthodes avec les actrices, raconte que chaque jour, avant de commencer à filmer, Björk venait lui dire « Mr Von Trier, je vous méprise » et lui crachait dessus. Tout un programme !

Marilyn et ses diam’s dans Les hommes préfèrent les blondes

31 Août

Nous arrivions à la onzième scène culte, et pas une seule trace de Marilyn Monroe. Comprenez bien qu’il fallait y remédier et vite. Et c’est de mon film préféré starring Marilyn dont je vais vous parler ce jeudi : Les Hommes Préfèrent les Blondes (Gentlemen Prefer Blonds). Inutile de mentionner le fait que je suis blonde et que la simple évocation du titre me fait sourire. Sérieusement, la « suite » c’est Les Hommes Épousent les Brunes (Gentlemen Marry Brunettes). Allez, on fait la paix.

Scène Culte #11 : Marilyn et ses diams dans Gentlemen Prefer Blonds gentlemenpreferblondes

A la base, c’était un roman (1925), puis une pièce de théâtre (1926), puis un film muet (1928), puis un spectacle musical (1929), et enfin la comédie musicale (1953) d’Howard Hawks. Bien connue pour son fantastique duo Jane Russel / Marilyn Monroe, mais surtout pour sa fameuse chanson Diamonds are a Girl’s Best Friend, reprise maintes et maintes fois par toutes les pop stars possibles, de Geri Halliwell à Kylie Minogue en passant par Beyoncé et Nicole Kidman dans Moulin Rouge!

Comme d’hab, un petit topo : Loreleï Lee (Marilyn) et Dorothy Shaw (Jane) sont BFF et danseuses de revue (pas des prostituées, attention !), mais, plus différentes, tu meurs : Loreleï est une croqueuse de diamants et Dorothy une croqueuse d’hommes. Rien qu’avec les intérêts des deux nanas, on comprend qu’Hawks basera son film sur 2 thèmes jusqu’alors tabous : le sexe et l’argent. Loreleï est fiancée à Gus, un jeune riche qui porte bien son nom et lui offre un voyage à Paris à la condition qu’elle se fasse chaperonner par sa sage copine Dorothy (il se met donc le doigt dans l’oeil jusqu’au nombril). Le père de Gus se méfie de ce voyage mais surtout d’elle, et engage un détective pour veiller à ce qu’elle soit bien sage et fidèle. S’en suivent quiproquos sur gags, le père apprend à son fils que sa blonde est infidèle, il la quitte, elle est sans le sou et plutôt vénère (même si Marilyn n’a jamais vraiment l’air vénère). Pour s’en sortir, les deux amies retournent danser sur les planches, mais à Paris, puisqu’elles ne peuvent plus se payer un billet de retour. Le Gus va quand-même voir son spectacle et ne sera pas déçu quand il la verra, entourée d’hommes et de diam’s, proclamer haut et fort sa devise : « les diamants sont mes meilleurs amis ». Voyez comme c’est beau :

La chanson Diamonds are a Girl’s Best Friend est la seule chanson du film que Loreleï chante seule (sinon, elle est en duo avec Dorothy), elle y parle d’elle et de son attirance pour ce qui brille. Dorothy a également sa chanson solo (Ain’t There Anyone Here For Love?), où elle chante au milieu d’athlètes à poil, jetez-y un œil, cela vaut le coup.
Pour l’anecdote, il a fallu onze prises pour obtenir cette scène, et l’orchestre jouait en même temps, à la demande de Marilyn, cette diva… Enfin, une diva qui brille comme ses diamants et capte absolument toute la lumière. Vous remarquerez que les danseuses sur la scène ont une espèce de voile noir sur le visage, cela peut ne pas se remarquer, ainsi Marilyn a l’air d’irradier encore plus. Évidemment, c’est elle-même qui chante toutes les chansons, elle a tout de même une doublure voix pour les « no, no, no » du début, et les « These rocks don’t lose their shape, Diamonds are a girl’s best friend ».
Le jour de sa mort, c’est cette scène que toutes les chaînes de télé américaines auront choisi de diffuser. La reine des scènes cultes de Marilyn.

Ce film aura été une sorte de manifeste féministe d’avant-garde, les 2 personnages principaux étant des femmes qui se barrent en vacances entre copines (dans les 50s, hein), chacune avec un très fort caractère, et des personnages masculins en second rôle qui se laissent piétiner sévère, sont convoités soit pour leur fric, soit pour leur corps, et qui se laissent embobiner sans rien dire. Il suffit de voir la tête de Gus à la fin de cette vidéo, qui ira ensuite la retrouver dans les coulisses pour se trainer à ses pieds. Le must du must étant le détective privé en nuisette dans le couloir du bateau, mais je n’en dirais pas plus. Regardez-le.

Pitch du film : Lorelei Lee (Marilyn Monroe) et son amie Dorothy Shaw (Jane Russel), deux danseuses de revue, rêvent de visiter Paris. Lorelei organise un voyage en bateau, aux frais de son richissime fiancé, Gus. Le père de Gus, voulant surveiller la donzelle pour être sûr qu’elle soit bien sage et n’en veuille pas qu’à son argent, envoie un détective privé sur le bateau.

A savoir : Marilyn coûtait très peu cher à l’époque, son cachet pour ce film était de 18 000$ contre 200 000$ pour Jane Russel. | Le bateau qu’elles prennent est celui qui a servi pour le tournage de Titanic (la version de 1953).

Les tableaux à la craie chez Mary Poppins

31 Août

Quand j’étais petite, j’avais une nounou qui s’appelait Astrid. Elle chantait comme un pinson, m’a appris à faire la révérence comme une princesse et à marcher avec un livre sur la tête. Bref. Astrid était fan de Julie Andrews et pour m’occuper, elle me passait souvent La Mélodie du Bonheur et Mary Poppins. Deux films à base de nounous qui chantent, une mise en abime d’elle-même quoi. Sauf que moi, ma chambre ne se rangeait pas toute seule.

Scène Culte #10 : Les tableaux à la craie chez Mary Poppins julie andrews mary poppins 645615

Contexte : Londres, 1910. En pleine époque victorienne, Londres est surpeuplée et prestigieuse, avec une présence militaire et navale très forte (d’où le voisin de la famille Banks, l’Amiral Boom, retraité de la Marine Royale qui tire des canons depuis son toit) et les suffragettes (dont fait partie Mrs Banks) militent pour le droit de vote de femmes.

La situation économique et politique étant en plein essor, Mr et Mrs Banks n’ont pas vraiment de temps à consacrer à leurs mouflets. Ces derniers font fuir toutes les nounous  et écrivent leur propre annonce décrivant la nounou idéale. Le père en fait des confettis et la jette dans la cheminée. Les morceaux de papiers s’envolent très haut dans le ciel, jusqu’à un nuage sur lequel la belle Mary Poppins se repoudrait gentiment le pif. Une nounou pas comme les autres qui va descendre chez eux fissa, s’imposer et remettre les enfants sur le droit chemin en embaumant chaque devoir d’une couche de sucre Comprendre : on peut faire le truc le plus chiant de telle façon que, finalement, ça passe. L’exemple de la pomme flétrie changée en pomme d’amour.

Notre affaire commence par la scène où l’on voit le beau Bert (Dick Van Dyke) dessiner à la craie des fresques colorées sur le sol bien gris de Londres en chantant « j’aime tout c’que j’dessine car j’dessine que c’que j’aime » et ajoute « sans rémunération, j’travaille très heureux ». Un personnage en totale marge de la société britannique en cette époque fastueuse. Et ce sont devant ces tableaux, faits pour rien – sans arrière pensée financière – que Mary Poppins retrouve son ami Bert (d’où se connaissaient-ils ? on n’en sait rien, c’est au spectateur de le deviner). Elle emmenait Jane et Michael se promener au parc, mais Bert la titille en sous-entendant « Mary Poppins ? S’abaisser à aller dans un parc publique? Alors qu’elle peut faire tellement, tellement mieux… ». Elle cède, et pouf :

En réalisant Mary Poppins (1964 – le 23e Disney), le réalisateur Robert Stevenson était très clair : rien de réel (ou presque).  Alors ok, on est à Londres, on l’a assez bien deviné avec la tenue des policiers, l’amour du thé et les beaux plans du générique, des peintures de vues aériennes de Londres. J’en appelle à vous, disneyphiles : vous pourrez vous amuser à regarder, c’est de cette façon que commencent beaucoup de Disney des années 50 à 60, Alice au Pays des Merveilles, Peter Pan, Les 101 Dalmatiens, par exemple. BREF. On est à Londres, mais dans un studio en carton pâte type Broadway. Plus faux, tu meurs. Ça + ces trucages incroyables (quand elle monte l’escalier assis sur la rampe ou dans la chambre, la table de dinette renversée sur le sol qui se relève d’un coup : merci la marche-arrière) + surtout : le passage au dessin animé !

C’est le passage le plus « magique » du film, qui est présent depuis les plus vieux courts-métrages de Walt Disney (que l’on retrouve aussi en force dans La Mélodie du Sud, bien avant Mary Poppins). En gros : les dessins sont fait à part, comme un dessin animé normal, et les acteurs filmés devant un fond vert (oui, ils faisaient leurs mouvement dans le vide), et puis on superpose par ordinateur les deux trames. Un truc assez classique et utilisé partout maintenant, mais à cette époque ça faisait son petit effet. Vous pourrez remarquer que certains dessins sont un peu transparents, ils ont été mis au dessus des « vraies » images des acteurs, donc un effet calque.

Mais ce procédé de « personnes réelles » dans un dessin animé, c’est un rêve d’enfant (et même de grands enfants, ne rougissez pas, je sais que vous mourrez d’envie de faire une course de chevaux de bois vous aussi). En plus, Bert marche sur les genoux avec son pantalon beige et n’a pas une trace de saleté. Miracle du cinéma!

C’est l’exploitation des rêves d’enfant qui fait le business de ce cher Walt depuis des décennies, et Mary Poppins met largement les bottines dans le plat, à tous les niveaux. Une nounou qui leur chante « Stay awake » (Ne dormez pas) en guise de berceuse, range une chambre en claquant des doigts, nous fait prendre le thé au plafond, ce n’est quand même pas rien. Surtout pour le terre-à-terre Mr Banks (qui représente, quant à lui, le confort – il est banquier – et la « vie aisée » que chacun recherche à cette époque) qui se demande chaque soir si la nounou a filé à ses gosses des champis hallucinogènes au goûter.

Pitch du film : Mr Banks, un banquier busy busy et sa femme, grande militante de la cause féminine, ont d’autres chats à fouetter que de s’occuper de leurs enfants, Jane et Michael. Une jeune femme se présente pour le poste de gouvernante et va faire régner l’ordre grâce à son charme et à ses pouvoirs un peu chelou.

A savoir : David Tomlinson (Mr. Banks, le papa, donc) prête également sa voix à l’un des serveurs pingouins, à un jockey de la course de chevaux et au parapluie perroquet de Mary Poppins. | A la base, Fred Astaire devait jouer le rôle de Bert. | 21 autres chansons ont été composées pour le film et n’ont pas été utilisées (les boules). | Quand Astrid est partie, j’étais en CM2 et j’ai vachement pleuré.

Top Hat – Dancing Cheek to Cheek

31 Août

Aujourd’hui, c’est un peu spécial. J’ai décidé de faire fi de tout et de me faire complètement plaisir en vous parlant, pleine d’amour, de cette scène. J’en ai vu des films, mais si le diable venait tous les brûler et qu’il me disait « Anne-Lucie, tu peux garder une scène, mais une seule ! » de sa voix puissante (ouais, des fois je m’invente de ces trucs) eh bien, ce serait celle-là. Et je m’en vais vous dire pourquoi (Vazy, j’ai déjà envie de pleurer).

Scène Culte #6 : Fred Astaire et Ginger Rogers dans Top Hat astaire rogers 35 top hat cheek to cheek montage 1

Top Hat, à traduire par « Chapeau haut de forme », Le Danseur du Dessus en français (ouais, ne cherchez pas) est un film de Mark Sandrich (1935) starring le couple mythique Fred Astaire/Ginger Rogers. Des 10 films qu’ils ont tourné ensemble, c’est le plus connu et pour beaucoup de monde, ce film ne se limite qu’à une scène de danse : « Cheek to cheek » (« joue contre joue »). C’est un peu dommage, mais très compréhensible. Parce que cette scène n’est autre qu’un moment de grâce ultime, une performance incroyable à tous les niveaux, et surtout un spectacle visuel sans égal. [Ndlr : toutes ces déclarations ne sont que mon avis personnel, mais sachez que j’ai raison.] Avant d’en discuter, on va la regarder.

Maintenant, deux choses : 1) Elle porte des talons. Vous avez vu les jetés qu’elle fait ? Et 2) Vous aurez sûrement remarqué l’objet principal de la scène : la robe de Ginger, en soie (bleue, mais on ne le sait pas, et j’ai presque envie de mourir sur place de n’avoir pas vu cette scène en couleur) et une myriade de plumes d’autruches. Vous m’accorderez que c’est cette robe qui fait toute la scène : elle marque chacun de leurs gestes, offre une seconde danse à elle seule, est complètement aérienne et donne une impression de matière très forte à la scène. C’est limite de la 3D. Eh bien, cette robe a failli ne pas être retenue. Rapide topo : faite sur mesure, tellement complexe que le styliste a mis très longtemps à la réaliser, aucune répétition n’a été faite avec cette robe. Le jour du tournage, elle arrive et tout le monde panique « jamais tu n’arriveras à danser avec une robe pareille », qu’ils disaient. Ils font juste une prise, vite fait, pour essayer. Ben mes amies, c’est celle que vous venez de voir.

Anecdote : Fred Astaire et le réalisateur ont longtemps taquiné la pauvre Ginger en modifiant les paroles de la chanson ainsi : « Feathers, I hate feathers… ».

Revenons aux choses sérieuses. Élégance, paillettes, costumes extravagants et décors somptueux à Venise sont les éléments principaux du film, tourné pendant la période de la Grande Dépression aux États-Unis (suite au krach de 1929). Ce film, comme de nombreux autres à cette époque, reflétait un univers totalement étranger à la misère et aux difficultés que traversaient les américains ; ils allaient au cinéma pour se vider la tête et voir de belles choses. La première vocation de ce film est d’être un beau spectacle. En voici la preuve par deux.

1) « Cheek to cheek » est montrée dans le film de Woody Allen La Rose Pourpre du Caire (1985) de la plus belle des façons. L’héroïne (Cécilia Mia Farrow) est dans la situation de l’américain « moyen » des années 30 très touché par la crise : sans emploi + quittée par celui qu’elle aimait, bref VDM totale. En plein désespoir, elle se réfugie dans une salle de cinéma sans même regarder l’affiche, on y passe « Top Hat ». Au départ elle a les yeux baissés, puis finalement …

devant « Cheek to cheek », elle est transfigurée. On voit la scène par le biais de la lumière sur son visage et qui se reflète dans ses yeux. Là, j’ai envie de citer André Sauvage : « Une après-midi, par un beau soleil, entrez dans une salle… Asseyez-vous comme un aveugle. Vous êtes mort; l’écran vous ressuscite ». Voilà. Et pourquoi cette scène? Parce qu’elle est gracieuse et scintillante mais aussi qu’elle est la définition visuelle de l’accord parfait entre un homme et une femme, entre la musique et la danse, l’image et le son, le noir et le blanc. Et si jamais vous n’étiez pas encore convaincue, cela devrait vous achever :

2) La Ligne Verte de Franck Darabont (1999), ou l’ultime souhait, les dernières images que l’on veut voir avant de mourir. Cette scène est à elle seule une certaine idée du cinéma, une représentation de quelque chose qui est très loin de la vie réelle.

Pitch du film : Un danseur américain, leader d’une nouvelle comédie musicale, fait des claquettes dans sa chambre d’hôtel et réveille sa belle voisine du dessous qui vient se plaindre. Ils tombent amoureux. Toute l’équipe s’en va à Venise après le succès de la première. S’ensuivent une série de quiproquos amoureux et de scènes de danse.

A savoir : Après ce tournage, Fred Astaire ne cessa jamais d’appeler Ginger « Feathers ».