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Marilyn et ses diam’s dans Les hommes préfèrent les blondes

31 Août

Nous arrivions à la onzième scène culte, et pas une seule trace de Marilyn Monroe. Comprenez bien qu’il fallait y remédier et vite. Et c’est de mon film préféré starring Marilyn dont je vais vous parler ce jeudi : Les Hommes Préfèrent les Blondes (Gentlemen Prefer Blonds). Inutile de mentionner le fait que je suis blonde et que la simple évocation du titre me fait sourire. Sérieusement, la « suite » c’est Les Hommes Épousent les Brunes (Gentlemen Marry Brunettes). Allez, on fait la paix.

Scène Culte #11 : Marilyn et ses diams dans Gentlemen Prefer Blonds gentlemenpreferblondes

A la base, c’était un roman (1925), puis une pièce de théâtre (1926), puis un film muet (1928), puis un spectacle musical (1929), et enfin la comédie musicale (1953) d’Howard Hawks. Bien connue pour son fantastique duo Jane Russel / Marilyn Monroe, mais surtout pour sa fameuse chanson Diamonds are a Girl’s Best Friend, reprise maintes et maintes fois par toutes les pop stars possibles, de Geri Halliwell à Kylie Minogue en passant par Beyoncé et Nicole Kidman dans Moulin Rouge!

Comme d’hab, un petit topo : Loreleï Lee (Marilyn) et Dorothy Shaw (Jane) sont BFF et danseuses de revue (pas des prostituées, attention !), mais, plus différentes, tu meurs : Loreleï est une croqueuse de diamants et Dorothy une croqueuse d’hommes. Rien qu’avec les intérêts des deux nanas, on comprend qu’Hawks basera son film sur 2 thèmes jusqu’alors tabous : le sexe et l’argent. Loreleï est fiancée à Gus, un jeune riche qui porte bien son nom et lui offre un voyage à Paris à la condition qu’elle se fasse chaperonner par sa sage copine Dorothy (il se met donc le doigt dans l’oeil jusqu’au nombril). Le père de Gus se méfie de ce voyage mais surtout d’elle, et engage un détective pour veiller à ce qu’elle soit bien sage et fidèle. S’en suivent quiproquos sur gags, le père apprend à son fils que sa blonde est infidèle, il la quitte, elle est sans le sou et plutôt vénère (même si Marilyn n’a jamais vraiment l’air vénère). Pour s’en sortir, les deux amies retournent danser sur les planches, mais à Paris, puisqu’elles ne peuvent plus se payer un billet de retour. Le Gus va quand-même voir son spectacle et ne sera pas déçu quand il la verra, entourée d’hommes et de diam’s, proclamer haut et fort sa devise : « les diamants sont mes meilleurs amis ». Voyez comme c’est beau :

La chanson Diamonds are a Girl’s Best Friend est la seule chanson du film que Loreleï chante seule (sinon, elle est en duo avec Dorothy), elle y parle d’elle et de son attirance pour ce qui brille. Dorothy a également sa chanson solo (Ain’t There Anyone Here For Love?), où elle chante au milieu d’athlètes à poil, jetez-y un œil, cela vaut le coup.
Pour l’anecdote, il a fallu onze prises pour obtenir cette scène, et l’orchestre jouait en même temps, à la demande de Marilyn, cette diva… Enfin, une diva qui brille comme ses diamants et capte absolument toute la lumière. Vous remarquerez que les danseuses sur la scène ont une espèce de voile noir sur le visage, cela peut ne pas se remarquer, ainsi Marilyn a l’air d’irradier encore plus. Évidemment, c’est elle-même qui chante toutes les chansons, elle a tout de même une doublure voix pour les « no, no, no » du début, et les « These rocks don’t lose their shape, Diamonds are a girl’s best friend ».
Le jour de sa mort, c’est cette scène que toutes les chaînes de télé américaines auront choisi de diffuser. La reine des scènes cultes de Marilyn.

Ce film aura été une sorte de manifeste féministe d’avant-garde, les 2 personnages principaux étant des femmes qui se barrent en vacances entre copines (dans les 50s, hein), chacune avec un très fort caractère, et des personnages masculins en second rôle qui se laissent piétiner sévère, sont convoités soit pour leur fric, soit pour leur corps, et qui se laissent embobiner sans rien dire. Il suffit de voir la tête de Gus à la fin de cette vidéo, qui ira ensuite la retrouver dans les coulisses pour se trainer à ses pieds. Le must du must étant le détective privé en nuisette dans le couloir du bateau, mais je n’en dirais pas plus. Regardez-le.

Pitch du film : Lorelei Lee (Marilyn Monroe) et son amie Dorothy Shaw (Jane Russel), deux danseuses de revue, rêvent de visiter Paris. Lorelei organise un voyage en bateau, aux frais de son richissime fiancé, Gus. Le père de Gus, voulant surveiller la donzelle pour être sûr qu’elle soit bien sage et n’en veuille pas qu’à son argent, envoie un détective privé sur le bateau.

A savoir : Marilyn coûtait très peu cher à l’époque, son cachet pour ce film était de 18 000$ contre 200 000$ pour Jane Russel. | Le bateau qu’elles prennent est celui qui a servi pour le tournage de Titanic (la version de 1953).

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12 Hommes en Colère – Sidney Lumet

31 Août

Après 50 ans de bons et loyaux services à rendus à l’industrie du Cinéma, le réalisateur Sidney Lumet est décédé samedi dernier (9 avril) à la suite d’un cancer. C’est tout naturellement que j’ai choisi pour la scène culte de cette semaine de vous parler de son film le plus connu, 12 Hommes en Colère (1957).

Avant de devenir une œuvre magistrale et d’obtenir sa place dans le top 10 des meilleurs films de tous les temps, 12 Angry Men (de son titre original) était une pièce de théâtre pour la télévision (1954). C’est le tout premier film de Lumet, et un véritable coup de maître.  Bâti de façon à ne jamais prendre une ride de par la force de ses propos et de sa mise en scène, ce film est l’équivalent en fringues de la petite robe noire. A avoir dans ses bagages, voyez.

Scène Culte #7 : 12 Hommes en Colère, hommage à Sidney Lumet 12 hommes en colere 1957 06 g 1024x759
Ma maman (vous savez, la prof de Philo) m’a toujours beaucoup parlé de ce film ; elle s’en sert souvent pour ses cours parce qu’il est une source inépuisable de sujets philosophiques (l’argumentation, la morale, le droit et le devoir, la raison et le réel, la liberté… c’est simple, avec ça vous pouvez traiter tout le programme de Terminale), tout en étant un véritable cas d’école en matière de mise en scène et de réalisation et une forte enquête à suspense, pour ceux et celles qui s’intéresseraient à l’histoire en elle-même avant de décortiquer ce qu’il y a autour.

Tout commence par le procès d’un gamin qui, de base, a déjà 3 tares : il est jeune, basané et pauvre. Pas accusé d’un vol de bonbons mais d’avoir poignardé son reup, ces 3 raisons font qu’il a écopé d’un avocat commis d’office (qui a à peine cherché à le défendre) et l’enjeu, c’est la chaise électrique. Le jury de 12 hommes (à l’époque, les femmes n’étaient pas conviées aux assises) se retire dans une salle de délibérations pour voter « coupable » ou « non coupable ». Comprendre : envoyer ou non un gamin à la mort. C’est « le jour le plus chaud de l’année », le procès interminable les a fatigué, et tout ce qu’ils veulent c’est rentrer chez eux et se jeter la tête la première dans le frigo. Mais ça ne va pas se passer comme ça.

Cette scène est culte parce que c’est ici que tout commence. 11 votes contre 1 seul, alors que la décision doit être unanime, c’est le nœud à dénouer. Henry Fonda, symboliquement vêtu de blanc parce qu’étant le seul juste, s’oppose seul et sans compexe au reste des hommes. Il ne dit pas que l’enfant est coupable ou innocent, mais qu’il ne sait pas (en mode Socrate : « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien »). On apprendra plus tard qu’il est architecte, tout cela est réfléchi, puisqu’il est aussi l’artisan de la construction du débat. Grâce à son éloquence et sa réflexion, il examine chaque indice (arme, plan d’appartement, témoignages) dans tous les sens et les évidences s’effondrent peu à peu comme des châteaux de cartes, ainsi que les certitudes des autres jurés.

Comme au théâtre, ce film a 1 unité de temps, de lieu et d’action.
C’est une discussion qui se déroule en temps réel, il n’y a pas d’ellipse [= saut dans le temps de quelques heures, jours ou années pour effacer des éléments inutiles à l’intrigue]. Hé oui, dans ce film, tout sert à l’intrigue, il n’y a rien à effacer. C’est simple.
C’est LA référence du film en huis clos (seulement 3 minutes du film ne se déroulent pas dans la salle de délibérations des jurés).
Pour maintenir l’intérêt du spectateur et le suspense, il fallait un fond scénaristique extrêmement solide. Ici, pas de petites amourettes, d’histoires d’argent ou de famille qui viennent s’ajouter à l’intrigue : il y en a une, c’est le sort du garçon par la révision du procès, et c’est tout.

La question est : comment réussir à scotcher nos petits yeux sur un écran en noir et blanc avec 12 mecs (même pas canons) qui parlent, avec pour seul décor : une table en bois + cendriers, 12 chaises et 1 ventilo pété ? Tout simplement grâce à la mise en scène qui nous happe dans un suspense haletant ponctué par les « guilty » , « not guilty » . Voyez plutôt cet extrait (la démonstration de la nullité d’un des témoignages), et faites la comparaison avec la première vidéo :

Déjà, il n’y a aucun « hors champ » dans le film : lorsqu’un personnage prend la parole, on le voit – sinon on s’emmêlerait cruellement les pinceaux. Et s’ils sont plusieurs à parler en même temps, le plan est plus large.

Pour ce qui est de la lumière, le visage des jurés s’éclaire au fur et à mesure qu’ils changent d’avis et que leur pensée se rationalise. Mais ils ne seront jamais aussi immaculés (éclairés) que l’est Henry Fonda avec son costume blanc, car il est l’initiateur.
Mais le plus important étant qu’à mesure du tournage du film, plus la tension grimpe, plus les plans sont serrés. Lumet a d’ailleurs changé plusieurs fois la focale de sa caméra pour avoir une impression de murs rapprochés et de claustrophobie grandissante, traduisant la volonté des jurés de sortir de cette salle et l’étouffement de leur pensée comme de leur corps. D’ailleurs, dans le 2e extrait, remarquez la pluie à la fenêtre. La chaleur étouffante a laissé place à l’orage, tout le décor extérieur traduit l’état d’esprit des personnages.

Ce qui est fantastique avec ce film, c’est qu’il montre le pouvoir qu’ont les hommes de dépasser des conditions physiques et nerveuses (chaleur, fatigue, enfermement) et d’être capable de raisonner, de philosopher, de relativiser leur situation pour en sauver un autre, qu’ils ne connaissent même pas, au simple nom de la morale. Cette oppression et ce manque de bien être génèrent des pulsions émotives contre lesquelles ils luttent, et c’est cette lutte qui donne sa force au film.
D’ailleurs à la fin, on ne sait toujours pas si l’accusé est coupable ou innocent, ainsi Lumet montre bien que ce n’est pas cela, le propos du film.

Pitch du film : Douze jurés tirés au sort s’enferment, suite à un procès, pour décider par vote de l’innocence ou de la culpabilité d’un garçon de 18 ans qui aurait poignardé son père. Les 12 votes doivent être identiques, mais 1 juré s’oppose. Il devra alors convaincre un par un les 11 autres afin de leur faire admettre que rien n’est jamais certain.

A savoir : Le film s’est tourné en 21 jours et a coûté très peu cher (340 000$). | Parmi les douze, deux acteurs qui jouaient dans le téléfilm d’origine ont été gardés pour le film. | En quittant la projection, Fonda murmura à Lumet : « Sidney, it’s magnificent » .