Brigitte Bardot à poil dans Le Mépris

31 Août

Demande aux gens ce qu’ils pensent du Mépris et tu distingueras 3 catégories : ceux qui te répondront « C’est chiant » (5/10), ceux qui te diront « Franchement, c’est certainement un film super riche avec plein de choses à dire, mais j’ai beau essayer : c’est toujours chiant » (4/10) et enfin, ceux qui te diront « J’adore ce film » (1/10).

Scène Culte #5 : Brigitte Bardot à oilpé dans Le Mépris mepris 1963 05 g 1024x500

Pour faire court : Paul (Michel Piccoli) est marié à Camille (Brigitte Bardot). C’est un jeune scénariste qui bosse sur le tournage d’un film du grand réalisateur allemand Fritz Lang (joué par lui-même) en Italie. Un producteur se ramène, et Paul veut lui refourguer dare dare son scénario pour avoir lui aussi sa chance. Pour ce faire, il va exploiter sa bombasse de femme, parce que tout le monde le sait, les producteurs sont de gros obsédés véreux. Mais Camille s’en rend compte, et commence à développer un profond mépris pour son mari et s’enfuir avec le producteur. Vlan !

Et, comme d’habitude, on va parler de LA scène culte du Mépris, un des films les plus célèbres de Jean-Luc Godard (1963), celle du dialogue entre Brigitte Bardot (à poil sur un lit) et Michel Piccoli (plein de poils et aussi sur le lit). Alors, pourquoi elle est culte, cette scène?

C’est simple, Le Mépris a été produit par des américains, un peu pour Godard et beaucoup pour Bardot, star internationale adoubée « plus belle femme du monde » à l’époque. Le maître fait son chef d’œuvre tranquilou et le montre aux ricains qui s’insurgent : « Non, non, ça ne va pas. Je veux voir le cul de Bardot » . Comprenez-le, 500 millions de francs, il voulait en avoir pour son argent. Et c’est là que Godard, furax, tourne cette scène et la flanque au début du film, comme un cheveu sur la soupe. Mais en fait, pas tant que cela.

« Tu les trouves jolies mes fesses ? Et mes seins, tu les aimes ? Qu’est-ce que tu préfères : mes seins ou la pointe de mes seins ? » Cette série de questions, en plus d’être posée à son mari est évidemment destinée aux producteurs, en mode : « Alors, tu les as bien réclamées, tu les aimes mes fesses ? Hein ? Dis ? On les voit assez maintenant, ça va ? »

Cette scène n’est faite que d’un seul plan séquence et le mouvement de caméra répond au doux nom de travelling-objet-filmé-en-plan-fixe.  Sortez ça dans une soirée, vous m’en direz des nouvelles. S’y ajoute un autre travelling, assez léger, qui fait des plans plus serrés du couple. Et « l’objet » en question, c’est B.B., l’objet du désir.

En fait, la décomposition de l’image est en accord avec le « film dans le film » (L’Odyssée de Fritz Lang) : un monde apollinien (de dieux grecs, donc) où tout est harmonie et perfection. L’accord parfait, c’est le son et l’image qui se répondent et qui fonctionnent ensemble. Or, 1) dans Le Mépris, on parle français, anglais, allemand et italien : il n’y a pas d’unité de langue, 2) si vous avez du dégainer le cornet acoustique pour entendre les répliques, pas de panique, c’est fait exprès : c’est l’image qui recouvre la parole. Pour ce qui est de l’image en elle-même, elle change de couleur grâce à des filtres. Colorer l’image est une technique utilisée dès le cinéma muet et chaque couleur avait une fonction : le vert = les paysages, le bleu = la nuit, le rouge = le feu/le danger et le jaune = les scènes d’intérieur. Ici, le rouge a une connotation si ce n’est érotique, du moins piquante (c’est ici qu’elle l’interroge sur ses seins et ses fesses). Puis, l’absence de filtre nous donne une image crue, la couleur de la chair et du corps est dévoilée. Enfin, nous sommes presque soulagés que le bleu arrive, adoucissant l’image. On ne perçoit pas « l’objet » de la même façon, alors que c’est pourtant la même scène et le même plan. Godard se sert de cela pour montrer à quel point la réalité est inépuisable.

Tout ce film traite, en parallèle de l’histoire, des apparences et de la surface des choses : sur chaque image, tout l’invisible devient visible. L’une des phrases clés du film (pour moi) est surement celle-là : « Paul : –Pourquoi as-tu l’air pensive ? » « Camille : – Parce que je pense, imagine-toi ! ».

Pitch du film : Le réalisateur allemand Fritz Lang tourne un film en Italie sur L’Odyssée (d’Ulysse) et Paul Javal, jeune scénariste français, travaille dessus. Pour proposer son scénario à un producteur coléreux et sarcastique, Paul se sert de sa femme Camille pour l’appâter. Celle-ci, découvrant le stratagème, développera un profond mépris pour son mari.

A savoir : En 1963, le film était interdit au -18 ans. | Godard, avec sa grande modestie, a lui-même a déclaré « Ohh, Bardot elle aura joué dans 2 bons films, Et Dieu… créa la femme et celui-ci. »

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